vendredi 2 mai 2008

La vie du village: moulin et boulangerie

Au milieu du XXe siècle, le village de Conchez de Béarn comptait deux boulangeries situées dans le cœur du village (Laplace et Lanne). La plus importante était celle de chez Lanne.
La farine provenait du moulin situé au Sud-Ouest du village. Ce moulin était alimenté par l’énergie hydraulique. Lorsque l’eau manquait, un moteur diesel prenait le relais, son bruit est encore présent dans la tête de ceux qui en parlent. Ce son rythmé, lent qui faisait dire : « Ha, Jeannot démarre le moulin ! ». Selon Jeannot Lanne, ancien minotier, on entendait le bruit du moteur jusqu’à Arrosès, ce qui d’ailleurs, était signe de mauvais temps. Le blé était versé dans un grand entonnoir avant d’être traité, puis ressortait dans trois autres entonnoirs plus petits pour contenir la farine, le son et la rése. Cette dernière était utilisée pour nourrir les cochons et autres animaux de la ferme, et le son pour le reste du bétail. Au moulin, se rappelle Henri Ayma, la parquet était très glissant avec la farine qui s’y déposait. Henri Ayma est resté un an à Conchez de Béarn, en tant qu’apprenti boulanger, en 1952 ou 1953. Chez Lanne, on utilisait la B2 pour ramener les sacs de farine de 100kg à la boulangerie, en haut du village. Après la B2, le premier camion Renault fut utilisé. Pour alimenter la boulangerie, on allait chercher l’eau au réservoir situé au nord du village, sur l’ancienne route de Diusse. Elle provenait d’une source captée sur la colline de Mont-Disse. La canalisation arrive à Conchez dans ce réservoir avant d’alimenter le lavoir communal, légèrement plus bas. Le sel, ils allaient le chercher avec le « brout » à l’épicerie du village, chez Yvonne Loustalot.
La boulangerie Lanne servait 24 communes en flûtes de 500 grammes, miches de 2 kg, pains de 4 kg « plats » ou « montés » appelés « casquettes » à cause de leur forme. Ces dernières avaient une croûte épaisse. La boulangerie fonctionnait tous les jours de la semaine sauf le dimanche. Le samedi, les proportions étaient doublées. Une fournée de pain faite sur levain durait approximativement 4 heures. L’entreprise s’éveillait dès 2 heures du matin et fonctionnait jusqu’à 12-13 heures. Un peu de pâte gardée de la veille, se transformait l’après-midi. On y ajoutait de l’eau fraîche et de la farine pour former le levain. Parfois, pour la deuxième fournée, on ajoutait directement de la levure de bière afin d’accélérer le processus. La pâte était ensuite pétrie, puis « on laissait pousser » durant 1 à 2 heures, on pesait, on façonnait. Chaque apprenti avait sa tâche propre. L’un pesait alors qu’un autre « boulait » et le troisième « façonnait ». Cette dernière étape, un peu plus longue, était terminée par tout le clan. Le four, le plus grand de la région, pouvait contenir jusqu’à 105 gros pains de 4 kg. Il était alimenté de bois. On sortait la cendre pour la mettre dans des containers métalliques hauts appelés « étouffoirs » puis on nettoyait le four avec des sacs mouillés nommés escoubalhèt. La vente se faisait directement au local de confection du pain car il n’y avait pas de boutique. On achetait et on échangeait aussi parfois. Henriette, le femme de François, tenait les comptes sur un registre. Henri travaillait avec Sabin et « petit Louis » et peu après avec Louis arrivé de Pau. Au moulin, Jeannot et Denise s’occupaient de moudre. Près du canal, à côté du moulin, il y avait la grange pour le bétail et une volière remplie de pigeons nourris des résidus du travail du moulin.
Informations recueillies auprès de Jeannot Lanne, sa famille à Conchez de Béarn et Henri Ayma
Rése ou réze – Recoupe, le son fin de la farine de blé. V. souharie
Escoubalhèt – Balai de meunier avec lequel on balaie la farine ; il est fait d’un carré de peau d’agneau ; ailleurs, petit balai.
(« Dictionnaire du Béarnais et du Gascon modernes », Simin Palay – Editions CNRS - 1991)

5 commentaires:

sandra.lanne a dit…

bravo pour toutes ces informations.
La famille Lanne est très satisfaite des infos du blog.
Denise et Jeannot vont continuer à transmettre à Sébastien Ayma d'autres infos sur l'historique du Moulin.
Voici une adresse où l'on parle du Vic-Bilh (et plus particulièrement de conchez).
http://www.univ-lemans.fr/lettres/eso/evenements/rennes_03_05/contributions_03_2005/bm.pdf

A bientôt.

Sébastien Ayma a dit…

Super! des commentaires et des adresses! Si la famille Lanne veut ajouter des informations sur la vie du moulin ou bien de la boulangerie, c'est avec bcp de plaisir que moi et tous les visiteurs du site en profiteront! C'est l'avantage du blog! Le lien Lanne/moulin/boulangerie remonte à quand?! Le moulin a quelle date?!

matoune a dit…

sans vous infortuner ,

il n'y a pas de moulin a conchez .

Sébastien Ayma a dit…

Actuellement, il n'y a plus de moulin en fonctionnement à Conchez de Béarn mais la bâtisse est encore en état.

Anonyme a dit…

Pour en être sûr, voire avec Yvonne Loustalot. Bravo pour votre blog.