Le constitutionnel
Journal politique, littéraire, universel
4 janvier 1847
Le département des Basses-Pyrénées nomme régulièrement cinq députés des plus ministériels: MM. Lavielle, Chégaray, Daguenet, Lacaze et Ladières. Il semblerait que le ministère aurait dû se montrer satisfait de la docilité et de l’ensemble avec lesquels ce département modèle a renvoyé à la chambre des représentans si-chers à son cœur.
Point du tout. Le cabinet poursuit à outrance la répression de la moindre velléité d’indépendance parmi les fonctionnaires publics, sans excepter ceux qui tiennent leur mandat principalement de la confiance de leurs administrés.
Il vient de destituer le maire et l’adjoint de la commune de Conchez, dans l’arrondissement de Pau, pour les punir d’avoir obéi à leurs sympathies plutôt qu'à ses ordres lors du choix des membres du conseil d’arrondissement.
C’est un système complet d’oppression des consciences que le ministère appliquer dans toute la France. Les progrès de ce système sont curieux à suivre. On a frappé d’abord un grand nombre de maires pour avoir manifesté un dissentiment politique en n’adoptant pas, dans les élections de députés, les candidats de l’administration.
Des élections politiques, on passe aux élections non politiques. On destitue les maires qui votent suivant l’intérêt des localités, pour la nomination des membres des conseils généraux et des conseils d’arrondissement. Pour peu que la progression continue, la nomination d’un garde-champêtre deviendra une affaire d’Etat, et le maire qui n’aura pas donné son adhésion au candidat de tel ministre ou de tel député, sera menacé de destitution.
Une telle conduite a de grands dangers. Nous ne parlons pas du danger de voir la corruption s’étendre incessamment et gagner de proche en proche; c’est un péril dont le ministère s’effraie peu. Qu’importent les dernières conséquences de ce mal, pourvu qu’il contribue à le faire vivre?
Mais il en est une autre que les départements et les communes comprendront probablement avant même d’avoir prévu tous les funestes résultats de la corruption: c’est que les affaires locales soient très mal administrées par des hommes que la faveur ou la reconnaissance politique aura imposés aux électeurs départementaux et communaux.
Le premier châtiment des électeurs qui abdiqueront leur indépendance, sera de voir léser ces intérêts de clocher, pour le salut desquels un si grand nombre d’entre eux se laissent aller à sacrifier les intérêts généraux de la France.
Ce texte est un article de presse politique qui dénonce l’autoritarisme du gouvernement français et les pressions exercées sur les élus locaux au XIXᵉ siècle.
Le sujet principal est la défense de l’indépendance des élus face au pouvoir central. L’auteur critique la destitution du maire et de son adjoint de Conchez, dans les Basses-Pyrénées, parce qu’ils auraient voté selon leurs convictions lors de la désignation des membres du conseil d’arrondissement, plutôt que de suivre les consignes du gouvernement. Il dénonce ainsi un système dans lequel les fonctions publiques deviennent un moyen de récompenser la fidélité politique et de punir toute opposition.
Le contexte historique est celui de la France du XIXᵉ siècle, marquée par de fortes tensions entre le pouvoir central et les libertés locales. Sous les régimes politiques de cette époque, notamment la monarchie de Juillet (1830-1848) et la Deuxième République (1848-1852), les gouvernements cherchent souvent à influencer les élections et à contrôler les responsables locaux. Le vocabulaire du texte, qui évoque les « députés », les « conseils généraux » et les « conseils d’arrondissement », s’inscrit dans le cadre administratif et politique du XIXᵉ siècle.
Dans mes statistiques de la commune de Conchez, en 1846 le maire était M. Aristide FERRIER, remplacé pour deux ans par M. Théophile DUCASTAING. Celui-ci restera à la tête de la Mairie jusqu'aux élections de 1848 qui se dérouleront au suffrage universel pour renouveler l'intégralité des conseils. Nous sommes là sous la IIe République.
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