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mardi 28 avril 2026

Rôle de la milice du Béarn ou des bandes béarnaises (MIGNOU J)


III. Compagnie de Conchez


Autre quartier du Bas Vic Bilh


La compagnie de Conchez renferme 43 soldats, 40 fusiliers et 3 grenadiers fournis par les

paroisses de Portet et lous Bious, d’Aubous, de Lherm, d’Aidie et Bouezon, de Diusse, de

Mont, de Conchez, de Disse, de Crouzeilles et Lapèdes, de Haget, de Lasserre et Lougassous,

de Bétrac, d’Idernes, de Séméac, de Blachon, de Domengeus, de Corbères, de Moncaup-

Monpezat-Lous Tilhs, d’Aurions, d'Arrosès-Saubemea, de Poey-Saubemea, de Cadillon,

de Lahittole, Tadousse et Lousseau, Saint-Jean-Poudge et d’Arricau. En tout 26 paroisses.


Monsieur le baron d’Angosse est capitaine de la compagnie de Conchez.

 

CONCHEZ, lieu très élevé et sur la frontière du pays d’Armagnac. Cette paroisse

est fertile en grain  et en bon vin ; elle est sous le patronage de Saint Germain, évêque

d’Auxerre, dont on célèbre la fête  le 31 juillet. « Centulle Gaston, dit Marca, qui avaient

des inclinations à faire du bien à l’abbaye Saint-Vincent de Luc, au diocèse d’Oloron,

donna à ce monastère l’église de Saint-Genumer de Conchés, que l’Abbé Forton Gaston

posséda durant sa vie. Mais, à sa mort, son frère David eut la témérité de s’en saisir,

comme si, ce bien ecclésiastique, lui eust été acquis, par succession légitime. Cette grave

affaire étant arrivée aux oreilles du Vicomte Centulle le Jeune, petit-fils de Centulle Gaston,

il contraignit le détenteur de se dessaisir de ce bénéfice et de le rendre au Monastère ; 

néanmoins, il reçut pour ses droits de justice, un mulet de la valeur de mille sols, et deux

chevaux de mille solidates. Et, maintenant, en conséquence d’une permutation faite,

longtemps après, des dismes de Lagor, avec celles de Conchés, l'évêché de Lescar est

possession de cette église (2). » Ce sont les Évêques de Lescar qui nomment à la cure

de Conchez qui envoie deux soldats à la milice.

 

Source: Pireneas Bibliothèque numérique

Revue historique et archéologique du Béarn et du Pays Basque - Février 1913 - n°38 

mardi 28 octobre 2025

"Conchez"

NOTES SUR LE VILLAGE DE CONQUES-SUR-ORVIEIL (AUDE). 

M. Denis Pébernard vient de publier dans les Mémoires de la Société des Arts et des Sciences de Carcassonne (t. IX, 1899, p. 1-314) une Histoire de Conques-sur-Orvieil et de la manufacture des Saptes près Conques. C'est une monographie complète et soigneusement rédigée d'une petite localité, aujourd'hui chef-lieu de canton de l'Aude, et située dans un site agréable. L'auteur a réuni, avec beaucoup de patience, tous les détails qu'il a pu rencontrer sur ce village depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'époque actuelle. Il étudie tour à tour la topographie, l'histoire naturelle et les origines de Conques, la seigneurie, la communauté et ses droits, les établissements communaux, les usages et coutumes, l'instruction publique avant et après la Révolution, le commerce et l'industrie, l'histoire territoriale, les châteaux, maisons rurales et métairies, les églises et les prieurés, la chronique locale et les événements importants. Il n'y a point lieu d'entrer ici dans une analyse détaillée de l'œuvre consciencieuse, mais toute locale, de M. Pébernard, ni davantage de signaler quelques légères erreurs qu'on y pourrait relever. Mais, dans l'Histoire de Conques-sur-Orvieil , on trouve certains faits dont le rapprochement avec ce que l'on rencontre ailleurs peut présenter de l'utilité. Je vais donc transcrire ici quelques-unes des notes que j'ai prises en lisant le travail de M. Pébernard. Conques-sur-Orvieil a trois homonymes en France : Conques (Aveyron), dont la célèbre abbaye est l'objet des recherches de notre érudit confrère M. l'abbé A. Bouillet; Conques (Haute-Garonne), et Conques (Lot-et-Garonne). A ces homonymes parfaits, M. Pébernard aurait pu ajouter plusieurs localités appelées Conche, La Conche (Basses-Alpes, Drôme, Isère, Loire, Haute-Loire, Haute-Saône, Saône-et-Loire, Haute-Savoie), Conches (Haute-Loire, Seine-et-Marne), Conches-en-Ouche (Eure), Les Conches (Vendée), Conchette (Basses-Alpes), Conchez (Eure, Basses-Pyrénées), La Conchie (Ardèche, Dordogne), etc., dont l'étymologie est la même, ainsi que le prouvent les formes anciennes de leur nom, En effet, dans les textes du moyen âge, Conques-sur-Orvieil, dit aussi Conques En Cabardès, est appelé: Conche , Conca , Concha, villa Concharum, villa et Castrum, de Conchis; quant à Conches-en-Ouche, c'est : Conce, Conchœ, Conchiœ. Parlant de cette dernière localité, dans ses Mémoires et Notes pour servir à l'histoire du département de l'Eure (t. I, p. 522), Auguste Le Prévost dit: « Conche », en vieux français, suivant Bullet, signifie ordre, arrangement. Bien en conche, en bonne conche, veut dire : bien en ordre; mal en conche, en mauvaise conche : mal en ordre, en mauvais ordre. Bullet dérive ce mot du breton. Concha signifie aussi une mesure à blé. « Concada terrœ », pièce de terre qu'on semait avec cette mesure. Enfin, Conka, cette partie d'une rivière dont le circuit ou contour imite une coquille. Ecoutons maintenant Lebeuf: « La vérité est que ce nom, Conchae, n'est pas absolument rare dans ce royaume; il a produit Conches et Conques en français. Outre la ville de Conches, où est l'abbaye en Normandie, il y a Conches, village de Béarn, et, outre Conques, bourg du Rourgue, où est la collégiale substituée à l'abbaye, il y a un Conques, bourg du Haut-Languedoc. Et même le nom de Conches a, dans le Rouergue, son diminutif, qui est Conquestes, comme qui dirait Conchulse. Il paraît, au reste, de tous ces noms que c'est la situation ou la forme des lieux qui les a fait naître, et l'on y voit ordinairement un vallon où l'eau s'amasserait comme dans une conque si elle n'était conduite plus loin. Les premières habitations qui avaient pris le nom ont été transportées et refaites plus haut et sur les coteaux sans quitter leur nom » . (Histoire ecclésiastique du diocèse de Paris , t. XV). On s'est encore demandé si les Conches ne seraient pas des lieux où l'on aurait trouvé beaucoup de coquilles fossiles ». Ainsi que cela lui arrive souvent, Le Prévost énumère les diverses opinions émises sur l'origine du mot Conches, sans donner lui-même de conclusion à cet égard. M. Pébernard ne semble pas avoir connu les travaux de l'abbé Lebeuf ni les nombreux ouvrages publiés depuis quelques années sur la philologie topographique; mais, s'appuyant sur la tradition et sur des constatations personnelles, il a déterminé l'étymologie de Conches, qui vient de trois dépressions de terrain en forme de conques, qui s'appellent : « Las councos de Fontparazols, de la Fenouillette et de Lalande ». De là les armes parlantes du bourg de Conques : De gueules à trois conques d'argent , S et { (1). Le mot patois Counco , ajoute l'auteur, veut dire en effet réservoir, cavité en forme de cuvette. Voilà pourquoi dans beaucoup de localités on a donné le nom de Conques à des tènements dont la forme est la même que celle dont nous venons de parler. D'un autre côté, le mot français conque, du latin concha , est celui donné anciennement à la plupart des coquilles bivalves ou univalves; rien d'extraordinaire par conséquent que l'on ait appliqué cette dénomi¬ nation à un village entouré, tel que le nôtre, de dépressions de terrain semblables aux valves de ces coquilles; les armes du village en seraient un témoignage presque irrécusable. Enfin, dans l’ancienne Grèce, la concha était une mesure de capacité pour les liquides : elle avait la forme conchoïde ou d'une coupe. Pour toutes ces raisons, il nous paraît naturel que nos devanciers aient donné à leur village un nom qui rappelât, sinon sa situation propre, du moins la configuration du terrain qui l'environne ». M. Pébernard a relevé avec soin les noms des lieux-dits du territoire de Conques, et en a donné des étymologies, presque, toutes exactes. Voici les appellations qui me semblent les plus intéressantes : (1) La yille de Conques en Normandie porte : D'or h la bande d'azur chargée de trois coquilles d'argent. Gardie, sommet qui domine un pays. Au moyen âge un fief occupait presque tout le tènement de ce nom. — Foun Aragnou, de forum, fontaine, et ara-gnou pour arajhou,en patois du pays rano ou racho , folle avoine. — Las Sabolos, du latin sabulum, sable. — Moyniero , restes d'une abbaye. — Torto, contrefait, tortueux. Tènement ainsi nommé parce que l'Orvieil y fait des détours sinueux. — Las Madérolos , « pour Madayroles, dit M. Pébernard ; ma, mien ; ayrol, endroit où les champignons croissent tous les ans ». Je crois cette interprétation erronée. La racine tnad est formée du latin madidus, mouillé, trempé, humide, épitèthe qui convient par excellence à un endroit où poussent spontanément les champi¬ gnons. — Pech Estardie , de pech, hauteur, et tardié, tardif. C'est un monticule où, après le jeu du mail, les jeunes gens se réunissaient sur le tard de la journée. — Coumbo Auriolo , de coumbo, vallée profonde, et auriolo ou aouriolo, narcisse. — Plas de las Barthos, de plas, plaine, et bartha , buisson. — Bairaguet ou Baraguet, de baragua, haie vive formant clôture. — Boulidou, trou en forme de cuve d'où jaillit une source. — Vintrou ou Miltrou. M. Péber¬ nard dit : « Du latin miles soldat ». Cela me semble inadmissible. Je crois que cette appellation est formée du mot trou et d'un nom de nombre. — Les Cressés , de cressé, terrain sec affleuré par le roc. — Tendicol, de tendrè , tendre, raidir, et de col , cou. Terrain difficile à travailler. — Prat Auquier , de prat, pré, et auquier, formé sur auca, oie. — La Matto, de matto, touffe d'herbes ou de tiges d'arbres. — Laouzo Couberto, de laouzo, ardoise, et couberto , couvert. Terrain abondant en pierres ayant la forme d'ardoises. — Soulatché, « a plusieurs significations, dit M. Pébernard : nom de lieu, de famille méridionale, sédiment, nom de châtaignes communes dans les Cévennes ». Je pense que ce dernier sens est l'origine du nom. — Les Cardaires, terrain où l'on trouve le laiteron. — Los Arquos, du nom donné encore aux restes des aqueducs romains. -Pech Fourcas , hauteur où étaient dressées les fourcas , fourches patibulaires. — Cazalous, de casai, maison. — Salvatgé , endroit désert et inhabité. Conques n'apparaît dans l'histoire qu'au XIIe siècle, mais on y trouve cependant des traces d'occupation humaine, bien antérieures à cette date. A l'époque celtique appartiennent évidemment certaines excavations qui ont dû servir de refuge à des populations primitives. La présence des Romains est attestée par des restes de substructions et de mosaïques, de nombreux fragments de briques et d'am¬ phores, des cercueils, des monnaies, etc. Les Wisigoths, les Arabes, les Franks ont aussi laissé des traces de leur passage, comme dans toute la région voisine. Mais l'histoire écrite de ce village commence surtout au moment où se termine la lutte entre la féodalité et la royauté. A partir de cette époque, la seigneurie appartient en partage au roi et à l'abbé de Lagrasse. « Comme beaucoup de villes du midi, Conques, dit M. Pébernard, porte la trace de son enceinte murale. Autrefois ce village avait des remparts, des fossés, des portes et un donjon : voilà pourquoi la partie vieille du bourg était appelée le fort de Conques ». Toutes ces constructions ne semblent avoir offert rien de particulier et il n'en existe plus que des restes insignifiants. Il y a lieu cependant de signaler que les fourches patibulaires, appelées « justice » dans cette partie du Languedoc, sont encore en place devant l'église. Ce sont deux piliers de pierre que reliait une traverse de bois et sur l'un desquels on voit, à demi effacés, le mot mort et la date 1608. Source: https://www.persee.fr/issue/bulmo_0007-473x_1899_num_64_1

vendredi 16 septembre 2022

Demande de création d'une foire à Barcelonne (Gers).

M. Peyré lit le rapport suivant :

Par délibération en date du 2 Juin 1907, le Conseil municipal de Barcelonne (Gers) sollicite la création d'une foire qui se tiendrait annuellement dans cette commune le premier lundi de Juillet. 

Trois communes (Garlin, Conchez et Portet) situées dans l'arrondissement de Pau et dans un rayon de dix kilomètres de la commune de Barcelonne ont été consultées sur l'opportunité de cette création. Les Conseils municipaux de Conchez et Portet ont donné un avis favorable à cette demande, celui de Garlin un avis défavorable.

Le Conseil Général étant appelé par l'article 46 de la loi du 10 Août 1871 à donner son avis, votre 4e Commission vous propose de le donner favorable.

Conclusions adoptées. 

 (Source: Rapports et délibérations / Conseil Général des Pyrénées-Atlantiques - Séance du 29 avril 1908)

jeudi 15 septembre 2022

BRIGANDAGES EN BÉARN EN 1776

Les années 1775 et 1776 furent malheureuses en tout genre par les pertes du bétail, par la dépense des gens de guerre, par la cherté des grains et par les brigandages. Il s’éleva un essaim de voleurs en Béarn et dans toutes les contrées voisines, qui pillaient et ravageaient tout: Les églises étaient volées. Il y eut plus de quatre vingt églises en Béarn de pillées en ces deux années. Beaucoup de maisons forcées et pillées, des passants arrêtés, de même que des presbytères volés. On entrait pistolet à la main. Et pendant que quelques-uns de ces brigands pillaient les maisons, les autres arrêtaient les maîtres au lit, pistolet à la main; ces brigandages se démontrèrent plus manifestement au mois de Septembre 4776, après que le fameux La Montagne, insigne voleur d'églises et capitaine de cette bande, fut exécuté à Pau et ensuite brûlé. Ce fut alors que ces malheureux firent plus de ravages ; La Montagne en avait dénoncé une troupe de la ville de Pau, entr'autres le nommé Audijos, maître en fait d’armes, Perrein, orfèvre, et sa femme, et plusieurs autres mauvais garnements des environs qui s’évadèrent. Ce fut encore dans le Vicbilh que ces brigands firent plus de ravage ; ils pillèrent plusieurs maisons dans la ville de Conchez. La demoiselle Blandin du lieu d'Aubous eut le malheur d'être volée le 5 octobre. Cette troupe de brigands s'introduisit dans la maison ayant escaladé le toit qu'ils percèrent. Ils pillèrent aussi dans ce lieu plusieurs autres maisons, de sorte que le peuple tremblait d'être assailli de nuit et de jour. Les officiers municipaux portèrent plainte au procureur général, qui en fit part au Parlement, requérant d’y pourvoir. La Cour rendit un arrêt de règlement qui ordonne aux jurats des lieux de tenir la main à la sûreté publique, ordre de dresser procédure des délits et de les remettre aux procureurs desparsans pour en informer ; leur ordonne d'arrêter tous les vagabonds et gens sans aveu, et de faire sonner le tocsin, si besoin est, ordonne aux habitants de se rendre au lieu judicial pour recevoir les ordres des dits officiers et en cas de refus d’être arrêtés comme complices, et fauteurs des vols et brigandages ; fait défenses aux dits habitants de loger aucun étranger sans prendre son nom, qualité et domicile et de le déclarer à l'instant à un officier municipal du lieu dont il fera acte de la déclaration sur un autre registre à cet effet destiné et la faire signer du déclarant ; et s’il ne sait signer, il fera mention du refus, à peine contre les dilayants de demeurer responsables en leur propre et privé nom des délits qui pourraient être commis dans les lieux ou aux environs. L'arrêt est du 10 octobre 1776, en chambre des vacations, et fut envoyé à toutes les communautés, imprimé et publié. Cette compagnie de brigands était fort nombreuse. On la faisait monter à trois ou quatre cents, aux environs de Pau, Morlaàs et au Vic-bilh, et aux quartiers d'Oloron, Sauveterre, Orthez et Sallies. Ce qui fait que les voyageurs n’étaient pas en sûreté. Ce fut en cette même année qu'un capucin conventuel, à Oloron, quitta le froc et le couvent, le cinq ou le six octobre 1776 pendant la nuit, et s'associa avec une demoiselle de la ville pour s'en aller à Genève pour soulager les aiguillons de la chair, et se marier à Genève. Ils arrivèrent à l'auberge Beler à Rébenac, où ils louèrent une voiture à raison de douze livres par lieue pour aller plus vite avec la belle capucine ; cette évasion fit du bruit et causa du scandale dans la ville. En cette année, M. Douet de la Boulaye, intendant, rendit une ordonnance du 6 juin 1776, qui défend de tuer des veaux et génisses dans les provinces de Béarn, Navarre et généralité d’Auch, à peine de trois cens livres et de confiscation de la viande au profit des hôpitaux, jusqu'à ce qu'il plaise au Roy de permettre le repeuplement des bestiaux dans les dites provinces, se réservant d'accorder des permissions particulières en faveur des hôpitaux et des malades sur les certificats des médecins. Elle fut affichée et publiée en Béarn le 23 juin de la dite année.

Source: Bulletin de la Société des sciences, lettres et arts de Pau, 1 janvier 1910, p178-179

mercredi 7 septembre 2022

Charivari à Conchez, Tribunal correctionnel de Pau - 1843

Affaire des jeunes gens de la commune de Conchez :

 

Outrage public à la pudeur. — Outrage public à la religion profanée et tournée en dérision. — Contravention aux actes de défense et de prohibition de l’autorité administrative .— Bruit et tapage nocturnes, troublant la tranquillité publique.

 

Le tribunal correctionnel de Pau était hier dans un de.ses jours de grande solennité. Une foule nombreuse assiégeait de bonne heure les portes de la salle d’audience. Gens de ville gens de la campagne , tous étaient accourus , pressés par une vive curiosité, alléchés aussi par quelqu’attrait de scandaleuses révélations qui ont complètement fait défaut à la malignité publique.

Dix jeunes gens de Conchez étaient traduits par M. le procureur du roi devant le tribunal correctionnel, sous la prévention des délits et contraventions accumulés, dont l’énumération décore le titre de cet article. Hâtons-nous de dire que les débats de l’audience d’hier nous ont paru réduire cette grosse affaire à de si petites proportions, les faits se sont tellement atténués, ont si bien perdu le caractère fâcheux que des préventions passionnées leur avaient imprimé, dés le premier moment, qu’en vérité nous pourrions, sans manquer au respect dû à la prévention publique, rappeler le mot du fabuliste :

 

« Une montagne en mal d’enfant

« Jetait une clameur si haute, etc.,

« Elle accoucha d’une souris..


A l’ouverture de l’audience, on fait l’appel des témoins. Ils sont au nombre d’environ 40, tant à charge qu’à décharge. Ils envahissent l'enceinte du pretoire, connue un flot qui grossit, à chaque appel d’un nom nouveau , qui monte , et qui submerge les bancs des prévenus , les sièges des huissiers, les places des gendarmes. On remarque parmi eux, M. Ferrier, maire de Conchez; M Laplace , curé , et plusieurs femmes et jeunes filles, témoins indispensables de ce genre de causes où il s’agit de bal, de fête et de charivari ; coquetterie et curiosité , les bons recruteurs de témoins parmi les jeunes filles.

Les prévenus sont presque tous des jeunes gens, à l’air dégagé, à la mine éveillée, d’heureuse et d’honnête physionomie par dessus tout ; L’un d’eux expie bien chèrement par un mots de détention préventive quelques heures de joyeux amusemens ; tous les autres comparaissent librement.

Au banc de la défense sont assis MMes Forest, Lahilte, Lamaignère et Salles, avocats.

M. Bambalère, procureur du roi, occupe le siège du ministère public.

 

Voici les faits qui ont donné lieu à la prévention.

Le 5 mars, premier dimanche de carême , les jeunes gens de Conchez dont le mauvais temps avait dérangé les derniers plaisirs de carnaval , songèrent à prendre leur revanche sur carême prenant. Le temps était magnifique, toutes les populations des environs, bien averties, étaient accourues sur la place de Conchez; un bruit de mascarade s’était aussi répandu , et Conchez a quelque renommée ou pays , dans ce genre d'amusement. Le violon, la flûte et le tambourin, harmonieux trio , un peu dépaysés en carême, s’étaient cependant bien vite orientés , et jamais plus joyeux flonflons, plus entraînantes batteries , n’avaient retenti dans le Vicbilh.

On dansa avant les vêpres, on dansa après les vêpres, jusques à la nuit. Dansa-t-on durant les offices, c’est un point qui est resté à l’état d’incertitude complète, et le problème de la queue lumineuse de la comète n’est pas d’une plus difficile solution.

Cependant, vers les quatres heures et demie, la fêle se déplace. Les abris de la halle ne suffisent plus à ses ébats : orchestre , jeunes gens, jeunes filles, tout le concours des assistons , roulent d’un même mouvement et d’une même joie, sur la place de Conchez. Le théâtre s’est agrandi ; des scènes nouvelles se préparent.

Tout à coup, une clameur de rires, d’applaudissemens, de bourras s'élève du sein de la foule joyeuse. Place, rangez-vous, c’est la mascarade qui s’avance Dix à douze jeunes gens, déguisés sous les costumes les plus bariolés débouchent sur la place , en chantant et en dansant. La plupart portent le costume classique de Turc ; une chemise, un cotillon blanc, une ceinture rouge, un mouchoir enroulé sur la tête, voilà tout le plagiat du riche costume oriental. L’un d’eux, soldat récemment arrivé d’Afrique, a voulu se distinguer par une importation toute bédouine : il a couvert ses épaules d’une façon burlesque de burnous blanc, son chef du képi rouge , à calotte blanche vernie, et décoré d’un plumet. Il sonne de temps en temps de la trompette.

Est-ce Abd-el-Kader, est-ce quelque,vénéré marabout, est-ce un de nos intrépides spahis? Qui pourrait se reconnaître dans tout ce vestiaire oriental ?—Qui ? Eh ! mon Dieu, laissez

faire l’esprit inventif et imaginatif de quelques bonnes gens ; ils vous auront bientôt donné tout le signalement et l’explication de cet excentrique déguisement. Ecoutez leur raisonnement , il a été fait à l’audience par quelques témoins : le képi rouge, c’est un bonnet carré de curé ; mais la couleur, mais la visière, mais la plaque, mais le plumet...tout cela importe peu;

le képi rouge, c’est le bonnet carré noir du curé. Le burnous blanc,c’est le surplis; et la trompette qu'il porte à la main, ce ne peut être qu’un goupillon pour asperger la foule d’eau bénite.

Abd-ei Kader , ou le marabout, ou le spahis , ou le Bédouin, c’est à coup sûr M le curé; on lui a même entendu dire «convertissez-vous”.  —Nous verrons bientôt cette singulière explication s’insinuer, se répandre, grandir gronder, tonner, éclater, à la façon de la calomnie de Bazile.

Un autre masque se montrait sous le costume grave et cossu que portaient autrefois les anciens du pays: redingote large et longue à vastes paremens, à colletrabattu ; chapeau à larges bords abritant le visage et les épaules ; gilet jaune serin, d’une coupe indéfinissable, fait pour un plus vaste abdomen, enfin une cravate rouge nuançant sur le touit. Que sera ce personnage qui, par ses gestes ou ses paroles ne semble point devoir trahir un mystérieux incognito ? Ce sera encore un prêtre revêtu de sa soutanelle ; c'est l’explication donnée par les mêmes gens dont l’imagination effarouchée a si exactement reconnu M. le curé de Conchez dans le Bédoin , ou l’Abd-el-Koder que nous avons déjà décrit.

Cependant, tes danses , les rondos avaient recommencé de plus belle. La quête se faisait à la ronde par les jeunes gens qui s’applaudissaient de la recueillir si abondante. Mais voilà que, dans l’ardeur de ses Jeux et de ses courses, un des masques habillé en femme, dans lequel on n’a cherché ni une ressemblance ni une allusion, se jette à terre, on tombe à terre, ou se repose à terre ; puis Abd-él-Kader qui est survenu se précipite sur lui , se démène, roule. Une foule comporte a formé un cercle étroit autour d’eux Que s’est-il passé? Quel est le caractère de cette scène, terre à terre? y a-t il eu un outrage à la pudeur publique , par quelque mouvement désordonné de corps ?

Les avis furent partagés ; les mêmes personnes, sans doute, qui avaient reconnu un curé, dans Ie masque au chako rouge, prirent l’alarme et la répandirent,un grand scandale avait été donné ; elles en aggravaient le caractère par le signalement des personnages qu’elles disaient y avoir été représenté*. Cette scène cependant n’avait point été générale ; le groupe principal des masques n’y avait même point assisté ; il dansait et sautait ailleurs.

La nuit vint et la foule se retira ; c’était une journée bien remplie de fêtes et de réjouissances; l'austère carême qui avait consenti à faire son à-compte à carnaval, devait reprendre le lendemain le cours de ses abstinences et de ses mortifications.

Vers dix heures, cependant, et comme un dernier retentissement de la fête, on prétend avoir entendu sur la place quelque bruit de corne de bœuf, de poêlon, de chaudron, tous instrumens charivariques. A qui le charivari , si c’en était un, pouvait-il être adressé ?— Qui pourrait le dire. Il s’était prudemment tenu au centre même de la place, faisant parvenir, par des rayons égaux , aux oreilles d’alentour, les notes timorées de sa discordante musique. Les mêmes personnes, si zélées à découvrir le costume sacerdotal dans les deux masques

dont nous avons parlé, auraient insinué que le charivari était pour M. le curé. Mais M. le curé lui-même n’en a rien cru ; car comme il l’a dit à l’audience : « Je n’avais aucune » des qualités requises pour être charivarisé » (Textuel ).

Tels sont, eu un récit que nous croyons exact au fond , et sous une forme que le caractère bien apprécié des faits nous a autorisés à rendre badine et familière , les événemens qui marquèrent la journée du 5 mars à Conchez.

Tous les témoins ont été entendus : l'audience a été renvoyée au lendemain, pour entendre le ministère public et les défenseurs des prévenus.

Nous continuerons le compte-rendu de cette affaire. 


Source: L’Observateur des Pyrénées: journal politique, scientifique, littéraire, industriel et.. - 5 avril 1843

mardi 6 septembre 2022

Fêtes locales 1931 - Inauguration Fronton

CONCHEZ 1931 Fête locale

 

 — En voici le programme : 

Samedi soir 1er août. Retraite aux flambeaux. Salves d’artillerie.

Dimanche à 11 h. 30 : Défilé en musique, apéritif-concert. A 15 h. 

Inauguration du fronton de pelote basque de l’Avenir de Conchez.

A 21 h. Feu d’artifice, illuminations, bataille de confettis.

Lundi à 9 heures. Course cycliste lancement d’un ballon, jeux divers.

A 11 heures, fête populaire. 


Source: Patriote des Pyrénées 28 juillet 1931

lundi 25 octobre 2021

Jean Fondeville, ancien Pasteur (1620-1621)

Né à Arette. Epoux de Marie de Cole, soeur de Dom Blaise Cole, barnabite. Décédé en 1646, laissant trois orphelins (dont le futur poète).

Ecolier à Orthez en 1611-1617.

Reçu au ministère au synode de Pau du 28 septembre, prêté à l'église de Bigorre, il est ministre de Lucq en 1618 puis Conchez en 1620, et enfin d'Osse en 1620 et 1621.

Apostat déposé au S.N. de Charenton en 1623: "Jean de Fondeville autrefois pasteur de l'église d'Osse dans la Principauté de Béarn, de petite stature avec des cheveux blonds, un air de fier, de grands yeux, âgé d'environ trente ans, déposé par le colloque d'Oloron pour cause d'adultère, pour avoir eu du mépris pour le Saint Ministère et à cause de sa vanité insupportable qui l'a depuis fait apostasier". 

Source: http://www.cepb.eu/Accueil/Articles/BULL38_P_Chareyre_pasteurs.pdf



mercredi 2 décembre 2020

Patrimoine

Voici une plaque disparue depuis deux ans à peu près. A priori, il s'agit d'un vol ou du moins je n'ai aucune autre information au sujet de sa disparition. Sur d'autres communes proches, ce type de plaque a également disparu.


Source: https://plaquedecocher.fr/


vendredi 28 septembre 2018

Agriculture

L'agriculture fait vivre (en 1891) 564 hab. sur 1000, alors que dans l'ensemble de la France cette proportion atteint seulement 460. Les Basses-Pyrénées sont donc un département agricole.
On trouvera, au chap Géographie agricole,  des indications sur les qualités des terrains des diverses parties du département. Nous rappelons que les division fondamentales du département sont: le Béarn, à l'E., le pays basque, à l'O., et la région des montagnes dans toute la partie méridionale du département.
Nous donnons ci-contre un tableau indiquant la superficie et le rendement des principales cultures en 1896.
Dans la période décennale 1888-97, la production moyenne annuelle du froment fut de 616.979 hectol., celle du méteil, 8.820 hectol., celle du seigle, 12.132 hectol., celle de l'orge, 44.463 hectol., celle de l'avoine, 112.563 hectol. Le maïs était cultivé, en 1897, sur une surface de 72.300 hectol., et la production totale fut de 1.735.000 hectol. valant 15.701.750 fr., soit en moyenne 9 fr. 05 l'hectolitre. Les rendements sont assez bons: 11 hectol. à l'hectare en 1897 pour le froment (moyenne française, 13hl.49); 8hl.80 pour le méteil (moy. fr., 12hl91); 8hl.48 pour le seigle (moy. fr. 11hl68); 8 hectol pour l'avoine (moy. fr., 20hl,10); 24 hectol. pour la maïs (moy. fr., 18hl,31).
Les rendements sont donc inférieurs à la moyenne, excepté pour le maïs, qui est la culture dominante du département. La valeur des récoltes de 1897, était pour les céréales (grain seulement): pour le blé, 8.163.680 fr.: pour la maïs, 15.701.750 fr.; pour l'avoine, 368.668 fr.; pour le seigle, 67.600 fr.; pour l'orge, 276.000fr.;pour les pommes de terre, 1.540.800fr., etc. Pour la production du maïs, les Basses-Pyrénées sont au premier rang des départements français. Le maïs forme la principale nourriture des habitants et sert à faire le pain appelé méture.

Quant à la nature des terrains des Basses-Pyrénées, on y distingue, d'après le cadastre, 147.220 hect. de terres labourables, 74.303 hect. de prés ou d'herbages, 24.420 hect. de vignes, 159.101 hect. de bois, 281.400 hect. de landes, rochers et terrains incultes, 29.717 hect. de superficies diverses, mais ces chiffres ne correspondent plus tout à fait exactement à l'état actuel. Il faut noter la surface considérable occupée par les landes ou touyas.

Pour compléter ces chiffres, il faut tenir compte de 1.891 hect. cultivés en légumes secs, haricots, pois, fèves, féveroles, lentilles, etc., 5.226 hect. cultivés en carottes, navets, choux, etc. Les cultures maraîchères n'ont que peu d'importance, car elles n'occupent pas plus de 500 hect.

La fabrication du cidre est presque insignifiante. En 1897, la récolte du cidre a donné 4.500 hectol. - La vigne a au contraire quelque importance dans toutes les localités qui ne sont pas situées à une altitude trop élevée et qui joignent, à un bonne exposition au soleil, la condition d'être bien protégées contre les vents du N. En 1896, il y avait 17.448 hect. plantés en vigne. Quoique l'année eut été mauvaise pour la France, la récolte fut de 174.951 hectol., d'une valeur de 2.715.785 fr. La moyenne décennale de 1887-96 pour la production vinicole était de 232.563 hectol. Le développement de la viticulture a été menacé par le phylloxera à partir de 1870 environ et pendant plus de vingt ans après cette date. Les crus les plus reconnus sont ceux de Jurançon, Gélos, Saint-Faust, Gan, Portet, Conchez.

Source: La Grande Encyclopédie - Inventaire résonné des Sciences, des Lettres et des Arts - TOME 27 - PARIS - Société Anonyme de la Grande Encyclopédie - 61, rue de Rennes, 61 - Tours - IMprimerie de E. ARRAULT et Cie

vendredi 23 février 2018

De HITTON Jean et Anne-Pierre

Voici ce que j'écrivais dans un précédent article:

Parmi les officiers du corps expéditionnaire du comte de Rochambeau, on trouve:
Hiton, Anne Pierre de, sous-lieutenant dans le Régiment Bourbonnais, compagnie Chalvet. Né à Conchez le 31 octobre 1764. Décoré de l'ordre de Saint Louis en 1797, Lieutenant en 1783, Sous Lieutenant en 1779, a démissionné en 1791. Après son séjour en Amérique, il est entré dans l'armée des princes en 1792, dans les ulhans britanniques en 1794 et a terminé Hussard de Rohan en 1795.
Hiton, Jean-Jacques, Chevalier de, Capitaine en second dans le régiment Bourbonnais, compagnie La Brus. Né à Conchez le 18 septembre 1751. Décoré de l'ordre de Saint Louis en 1791, Capitaine en 1780, Lieutenant en 1774 et Sous lieutenant en 1769. Après son séjour en Amérique, il devient lieutenant colonel et émigre en 1792 dans l'armée de Condé. Il décède à Mont-Disse en 1836.
Sources: Liste des 398 officiers du corps expéditionnaire dans le dictionnaire du colonel Bodinier Article "Rochambeau en amérique": http://www.cincinnatidefrance.fr/histoire/169-rochambeau-en-amerique-chronologie-et-raisons-d-un-succes

 Quelques informations supplémentaires sur le régiment de bourbonnais afin de mieux cerner les personnages de Jean DE HITTON et de Anne-Pierre de Hitton dans un périple de leur vie.

Le premier colonel de ce régiment du Philibert marquis de Mérestang, le 6 mars 1597. Les drapeaux d'ordonnance de ce corps étaient composés de deux quartiers violets et de deux quartiers bleu azur. Le drapeau colonel était entièrement blanc.
Ce régiment porta, durant les premières années, successivement les noms de ses colonels. Il prit le nom de Bourbonnais, le 1 février 1673. Sa longue histoire offre une série des plus hauts et des plus vaillants faits d'armes.
Le marquis de Laval (Anne-Alexandre-Marie-Sulpice de Montmorency) prit le commandement de ce régiment le 18 avril 1776, comme mestre de camp ou colonel.
Ses successeurs furent:
Le prince de Broglie (Charles-Louis-Victor) le 1er juillet 1783;
Le baron de POUTET (François-Henri) le 23 novembre 1791;
Le chevalier d'ALANDE DE SALTON (Louis-François-Pierre) le 8 mai 1792.
Le Bourbonnais était en Corse en l'année de la déclaration de l'indépendance américaine. En cette même année, 1776, il quitta cette île. En 1779, après que la guerre eût été déclarée à la France par l'Angleterre, à cause du traité d'amitié avec les Etats-Unis et la reconnaissance de leur indépendance par le gouvernement français, il fut dirigé sur la Bretagne, occupa quelque temps Rennes, passa, au mois de juin, à Brest où il embarqua enfin le 7 avril 1780. Il était le plus ancien des quatre régiments que le comte de Rochambeau conduisait aux Etats-Unis.
Cette petite armée arriva au mois de juillet à Newport et les Américains lui remirent immédiatement la garde de tous les retranchements élevés sur la côte du Rhode-Island contre lesquels le général anglais, Clinton, qui avait dû abandonner ses retranchements l'année précédente, préparait une redoutable expédition. L'arrivée de l'armée française la fit abandonner.
Le Bourbonnais passa l'hiver dans ces quartiers et ce ne fut qu'en juin 1781 que l'armée de Rochambeau fut concentrée et réunie à l'armée américaine. Les deux armées ensemble firent route pour York-Town, dans le sud et sur la baie de la Chesapeak.
Le 21 juiillet, 2500 hommes de l'armée de Rochambeau, les régiments de Bourbonnais et Royal-Deux-Ponts, ainsi qu'un bataillon formé des compagnies d'élite de Soisonnais, commandés par le chevalier de Chastellux, poussèrent une reconnaissance sur Kingsbridge et forcèrent les Anglais à replier tous leurs postes. Les troupes françaises, après une marche remarquable, par une chaleur excessive qui ne put abattre leur ardeur et leur gaîté, arrivèrent le 15 août aux portes de Philadelphie. L'affluence des habitants, quand elles entrèrent dans cette ville après avoir fait une halte pour se parer, fut immense sur leur passage. Les maisons étaient pavoisées aux couleurs des deux nations, et quand les guerriers français défilèrent sous les yeux du Congrès, cette assemblée les honora de son salut fraternel et de ses acclamations. La population entière leur fit fête.
Les troupes françaises ne s'arrêtèrent qu'un jour à Philadelphie. On apprit que la flotte de Grasse venait d'entrer dans la Chesapeak. Elle se rendirent alors vers le fond de la baie où quelques compagnies embarquèrent. Le reste des troupes se dirigea sur Baltimore et de là sur Annapolis, où l'on trouva des bâtiments de transport. Les deux flottilles ayant parcouru la baie entrèrent dans la rivière de James, et les régiments qu'elles avaient à bord se joignirent à ceux que le comte de Grasse avait amenés des Antilles et que le marquis de Saint-Simon commandait. Ce général était à la tête des régiments d'Agénois, de Gatinais (bientôt nommé Royal-Auvergne) et de Tourraine. Le comte de Rochambeau avait avec lui ceux de Bourbonnais, Soissonnais, Saintonge et Royal-Deux-Ponts.
Ces troupes formant un effectif d'environ 7500 hommes, réunis à autant d'Américains, vinrent le 28 septembre former l'investissement d'York-Town. Les Français furent chargés de l'attaque de gauche, et ce fut le Bourbonnais qui ouvrit la tranchée le 7 octobre 1781. Le 15du même mois, il repoussa vigoureusement une sortie, et, le 19, Cornwallis se résigna à capituler. Le régiment occupa aussitôt tous les postes de son attaque et inscrivit sur ses drapeaux une nouvelle victoire.
Les régiments qui étaient venus des Antilles se rembarquèrent le 4 novembre; et, le 14, les quatre régiments de Rochambeau entrèrent en quartiers à Williamsbourg. Ils demeurèrent là pendant la campagne de 1782; au mois de mars 1783, ils se rendirent à Rhode-Island où les attendait la flotte de M. de Vaudreil qui devait les ramener en France. Un des vaisseaux de M. de Vaudreil ayant péri dans une tempête, les Etats-Unis donnèrent un exemple touchant de reconnaissance à la France en faisant cadeau à cette nation du premier vaisseau de guerre qu'ils avaient construit, le seul qu'ils possédassent à cette époque, l'America de 74 canons.
A son arrivée en France, le Bourbonnais fut envoyé à Metz. Ce régiment perdit son ancien nom, en 1791. Il devint alors le 13 régiment d'infanterie; et le 13e régiment d'infanterie actuel, stationné à Nevers, lui fait suite.


Source: les combattants français de la guerre américaine 1778-1783
Listes établies d'après les documents authentiques déposés aux Archives Nationales et aux Archives du Ministère de la Guerre.


mercredi 3 janvier 2018

Tambourin de l'atelier de J. Pétron

J Pétron est né à Conchez de Béarn le 30 décembre 1801 et est décédé à Pau le 26 février 1878.

Pétron et Ransy, 1855, Facteurs et marchands de pianos et harmoniums.
14 rue des Cordeliers à Pau et Succursale au 48, rue des Carmes à  Dax. Mame Minvielle, gérante (1921), à Dax. Source: http://www.lieveverbeeck.eu/pianos_francais_1850_1874.htm

"Nous l'avons identifié sans hésiter, car nous connaissions un exemplaire identique (cf. note 8, et les deux articles de E. Laurielle, 1954, et J. Pétron, 1957, qui situent les conditions et la date de fabrication).
J. Pétron, luthier établi à Pau, fabriqua, dans les années 1954-1960, quelques tambourins, sur le modèle précis d'un instrument relevé à Laruns (vallée d'Ossau), visible avec son musicien sur une carte postale anciennes (Danse Ossaloise, ed M.P.P.P.). C'est le même instrument (ou un exemplaire identique) qui fut publié par R. Bréfeil en 1972 à côté du petit tambourin armorié à 5 cordes.
Il s'agit d'un grand tambourin, assez élégant et sobre (petites crosses et 2 galbes très légers), fabriqué en noyer (caisse monoxyle et cordier solidaire) et épicéa (table). Sa table, appuyée sur 2 traverses, porte classiquement un sillet et deux chevalets, dont l'un pourvu de 5 cavaliers de fer, et trois motifs découpés formant ouïes: étoile du tambourin n°6, swatika à virgules vers la droite, et étoile à branches, dessinée par 2 Y opposés, tracés aux points.
On remarque au dos la signature du fabricant.

Source: Gallica: musée pyrénéens de Lourdes.


lundi 27 novembre 2017

Curia



S.A.R. Monseigneur le Duc d'Angoulême a accordé la décoration du Lys avec le liseré vert à Monsieur de Curia, Garde Royal et Lieutenant dans le Premier Régiment des Hussars.

A Pau, le 22 juillet 1814

Signé Le C.te De Damas

Décoration du  Lys
Créée par Monsieur, Comte d'Artois (futur Charles X), le 25 avril 1814. Elle fut éteinte en juillet 1830. Cette décoration fut essentiellement attribuée aux Gardes Nationales. Chaque département avait son propre ruban.

mercredi 30 août 2017

Conchez: les chemins de Pyrène (André Anglade)



    " Mais déjà, au-delà de Vialer, Conchez, ancienne capitale, nous accueille sur le haut de la poudge.
       Ce petit bourg a gardé tout le charme de l'ancienne résidence d'été des seigneurs béarnais qu'elle fut aux XVIIe et XVIIIe siècles. Mais ce serait lui faire injure que d'oublier qu'il fut d'abord l'un des lieux stratégiques du système défensif vicomtal béarnais.
       En effet, la frontière se trouvait sur les collines d'en face et fréquentes furent les incursions des ennemis. Ces ennemis ce furent tous ceux qui se montraient envieux des richesses et de l'indépendance de ce petit pays de Béarn, qui avait su rester autonome depuis des temps immémoriaux, Anglais et Armagnacs du temps de la guerre de Cent Ans ou de la querelle entre Armagnacs et Bourguignons, (mais les Anglais, ces Aquitains privilégiés, furent le plus souvent des alliés) Comtes de Toulouse parfois, mais le plus souvent souverains français dont les prétextes de conversion religieuse forcée, cachaient mal la réalité des intentions hégémoniques.
       On comprend mieux dans ce petit pays, l'abondance des châteaux et maisons fortes et surtout la présence de signes évidents de fortifications et systèmes défensifs dans les églises qui devenaient en cas d'attaque des lieux naturels de refuge (églises de Diusse, de Saint-Jean-Poudge, d'Escurès, d'Armau, etc.). La tradition rapporte que les animaux domestiques étaient parqués dans l'enclos du cimetière au milieu des tombes et que les hommes occupaient les meurtrières, mâchicoulis et créneaux du clocher, tandis que femmes et enfants, les solides portes closes, entraient en prières.
 Il est certain que la ligne des coteaux constituait la première ligne de défense. Le dispositif en est encore visible et facile à définir dans la région de Moncaup et Monpezat qui consistait en une sorte de bastion avancé. Cependant, jusqu'au XIVe siècle environ et peut-être au-delà, seuls les poeys sommets du haut des collines ou poudges devaient être éventuellement gardés, protégés par le système traditionnel du paierie ou rang de pieux de bois : paus, qui suffisait à la défense. On se repliait ensuite sur les places fortes si nombreuses, mieux aménagées et surtout abondamment pourvues d'eau fraîche
et provisions de bouche.
       Bien peu de castera, castra, motta ou montas, tues et tucoiis ont été fouillés consciencieusement. Beaucoup de ceux qui ont été arasés brutalement ont livré quelques traces intéressantes : armes parfois, poteries souvent, ossements et bijoux primitifs lorsqu'il s'agissait d'une sépulture, ou bien cendres et débris divers, lorsqu'il s'était agi d'un lieu de séjour.
        Indéniablement, les plus anciens tues ont pu servir de lieux de sépulture qui ont succédé aux lieux de vie et de culte, un peu comme pour les villas romaines citées plus haut, mais pour des époques bien antérieures. Les castera ou castra datent eux de la résistance à l'occupation romaine. Quant à la plupart des motta, ils sont les emplacements des premières fortifications médiévales faites de pieux et de rondins de bois.
       Conchez, n'avait pas échappé à la règle si ce n'est qu'il s'agissait sans doute, d'un lieu fortifié assez considérable dont on retrouve aisément le tracé et le souvenir de l'emplacement de l'ancien château, des fossés et des contreforts.
        Lieu défensif par excellence, l'une des clefs du système vicomtal béarnais, Conchez devait connaître une expansion assez forte.
        Cela lui permit de devenir au XVIIIe siècle le lieu de résidence estivale de la plupart des grandes familles nobles béarnaises, puis par la suite, de rester, un moment, chef-lieu de canton.
        Beaucoup de maisons avec leurs façades du XVIIIe siècle, leurs balconnades au-dessus de leurs jardins suspendus (comme disait Joseph Peyré) se souviennent d'avoir été les hôtels particuliers de ces familles. Citons-en deux, parmi les familles locales les plus illustres : la maison de Hiton dont
 la réputation fut grande, la maison Barthe de la famille des Nabos.
        Il n'est pas inutile d'aller voir de près les pierres sculptées de la mai son dite de "Toulon" avec ses écussons, ses armes du Béarn, sa devise ancienne comportant le cri de guerre béarnais, sa fenêtre à meneaux du XVIe siècle.
Enfin, on n'aura garde de négliger l'église de Conchez-de-Béarn, dont les boiseries du XVIIIe siècle et l'harmonie des tons qui offre un régal pour les yeux font oublier qu'elle fut abondamment restaurée et remplaça des 1620, une église bien plus ancienne dédiée déjà, elle aussi, à saint Germain."

Editions J.-C. Bihet
ISBN 2-909156-00-1
Texte André Anglade - Photographies de Georges Belile
Dépôt légal: 2e trimestre 1991

mardi 20 décembre 2016

Dénombrement général des maisons de la vicomte de Béarn en 1385

     Le 3 juillet 1385, Gaston Phœbus, seigneur souverain de Béarn, ordonna le dénombrement de tous
les « Ostaus ». Voici les renseignements demandés par le comte de Foix :
 1. Inscrire nominativement les chefs de maisons de tous le pays de Béarn.
 2. Combien y avait-il de maisons serves vacantes ?
 3. Combien d'autres maisons abandonnées ?
 4 Tous ceux hommes ou femmes qui avaient quitté ces maisons serves comme cadets ou cadettes,
     avaient-ils été affranchis par le seigneur du Béarn ?
 5. Tous les serfs qui avaient été affranchis, depuis le règne de Gaston Phœbus, avaient-Ils payé
     les redevances pour leur affranchissement ?
 6. Comment les officiers du comte de Foix, se comportaient-Ils dans le pays pour prendre
     les provisions nécessaires à sa maison, aux dépens du peuple ?
 7. Les balles et les jurais de chaque localité observaient-ils les ordonnances du seigneur du
     Béarn, pour la répartition des contributions communales ?
 8. Les bailes avaient-ils pris de l'argent aux particuliers, et combien ?
 9. Avait-on vendu du blé, contre l'ordonnance du seigneur de Béarn ?
10. Quelqu'un avait-il prêté à plus de 2 sous pour livre ?
11. Les procureurs du seigneur de Béarn avaient-ils perçu toutes les amendes?
12. Les commissaires qui avaient dressé les rôles des feux, avaient-ils perçu plus de droits
     que le seigneur de Béarn ne le permet ?
13. Les prêtres et les clercs avaient-ils rendus au seigneur de Béarn le service qu'ils devaient
     pour le temporel qu'ils tenaient de lui, et sinon tout ce temporel, avait été saisi a son
     profit ?
14. Avait-on recherché dans les registres des notaires, les peines encourues et toutes choses
     qui touchaient au revenu du seigneur de Béarn ?
15. Combien avaient payé les « gens de Béarn » qui avaient été chercher du blé en Bretagne,
     et à qui devait-on payer ?
16. Les poids et mesures étaient-ils justes ?

 COMMUNE DE CONCHES (Conchez)

                   L'Ostau de Peyrolo de Gaye
                           de P. Bernat de Cassanhe
                           de Johanet de Santa Marie
                           d'Arramounet deu Bedat
                           de Bernât de Maurii
                           d'Arnauto de Goasene
                           de Bertran de Peyro
                           de Bertran de Casteg-Pugo
                           de Johanet deu Clos, faur (forgeron)
                           deu Caperaà (presbytère)
                           de Guilhem-Faur de Cazenave
                           de Bernadine de Gazenave
                           de P. de Soporteg
                           de P. de Tilh
                           d'Arramoun de Bordes
                           de Maurii deu Porter
                           de Monicot deu domenger
                           d'Arnauto de Bruu
                           d'Arnauto de Santa Marie
                           d'Arnaud Guilhem de Lavinhasse
                           de Cussou
                           de P. de Blaxo
                           de Naverrine deu Cossou
                           de Fortic de Lacoste
                           de Bernât de Proence
                           de Peyrolou de Gaye, fens lo casteg

 qui foo dütque ère d'Arnaut Guilhem de Lavinhasse
                           de Bertran de Casteg-Pugoo
                           de P. de Blaxo
                           de la may deu dût P. de Blaxo
                           de Bertran de Peyro de Fau
                           de Bernad de Proence
                           de Bernât de Maurii
                           qui foo de P. de Barte
                           qui foo dûtqué ère borde deu Faur
                           deu Baroo de Porteg
                           de Fortic de Laco te
                           deu Chrestiaa.
Soit une population de 220 habitants en 1385 ; aujourd'hui, 130 habitants.
                                 
  CONCHEZ EN 1848

    Conchez-de-Béarn était à cette époque une bourgade importante, avec une population de
522 habitants ; elle possédait un bureau de poste.
    Le maire était : Ducastaing ; l'adjoint : Beulaygue ; le curé : Lespes ; l'instituteur : Cur-
rutchet. Un notaire : Ferrier, était membre composant le jury d'expropriation pour cause d'utilité
publique. Pharmacien à Conchez : Sempé. Membres délégués élections pour le Conseil général :
Betbeder, Ferrier, Brus, Paquaa Hourtic.
     Le marché avait lieu le mardi. Les foires le mardi de Pâques, le premier mardi de mai
et le mardi de Pentecôte.
     1385 - 1848 - 1977 : trois dates de l'histoire des communes du vic-Bilh.
     A chacun de faire la comparaison. Beste-t-il encore des noms de famille datant du dénom-
brement de Gaston Febus ? des lieux-dit ? Certainement oui.

Source: Cahiers du Vic-Bilh n°2, janvier 1978

lundi 5 décembre 2016

Hiton

En 1614 Henri II d'Albret-Miossens baron de Coarraze, vendit la  seigneurie de Claracq à noble Pierre de Brugelles, du lieu de Mîossens. Au XVIIIe siècle la seigneurie appartenait à la famille de Hiton, originaire de Conchez. En 1752 Jean-Marie de Hiton, ancien mousquetaire puis major et inspecteur des Bandes Béarnaises  qui s'intitule baron de Claracq, présente le dénombrement de la seigneurie, où il possède un château, un moulin, et la moitié de la dîme. Son fils, Louis Armand de Hiton, fut reçu aux Etats de Béarn, en 1766, après le décès de son frère. II mourut lui-même en 1767
 et son frère, Louis-Bernard de Hiton, chanoine de Lescar, hérita de la Seigneurie.
L'autre moitié de la dîme appartenait au curé et au chapitre de Lescar. Noble Joseph de Bayle. de Lestelle possédait les masures et le sol noble de l'abbaye laïque de Claracq et fut reçut aux Etats  pour ce fief en 1752.
     L'église de Claracq possède un portail Renaissance où l'on voit la Vache héraldique du Béarn.

Source: cahier du Vic-Bilh n°3 - p17

lundi 21 mars 2016

1814 Article 4

Le 12 mars, l'armée anglaise était réunie aux environs d'Aire et de Barcelonne. Ses détachements de couverture et sa cavalerie occupaient Garlin sur la route de Pau, Viella sur la route de Maubourguet, et le ruisseau du Saget (4 kilomètres de Viella), Riscle sur la route de Tarbes, et Pouydraguin (route de Marciac et Miélan et route de Vic-Fezensac sur Auch), formant un demi-cercle de 30 à 35 kilomètres de développement, à 15 et 25 kilomètres environ de son rassemblement.
Freyre allait arriver le 13 avec 8.000 hommes d'infanterie espagnole; le 14, Ponsonby rejoignait venant du siège de Bayonne, avec la grosse cavalerie. Les troupes de Beresford allaient quitter Langon, le 16, pour rallier l'armée en quatre jours de marches forcées.
Le 12, également, les troupes de d'Erlon étaient échelonnées de Ladevèze à Auriébat et Sauveterre, à cheval sur la route de Maubourguet à Marciac et couvrant les routes de Rabastens, de Villecomtal, de Marciac à Miélan ; ses postes étaient en avant de Plaisance, à hauteur de Tasque ; il faisait éclairer les directions de Barcelonne, de Nogaro, de Vic-Fezensac et de Mirande.
Reille tenait ses divisions autour de Maubourguet et de Lafitolé avec une avant-garde de cavalerie (brigade Berton) à Madiran; elle éclairait jusqu'au Saget, près de Viella, et à Castelnau-Rivière-Basse.
Clausel était à Vic-de-Bigorre et à Rabastens. Sa cavalerie (Pierre Soult) occupait Lembeye et elle éclairait les directions d'Aire par Conchez et par Garlin et celle de Pau par Morlàas.
Le maréchal couvrait Tarbes et Toulouse, et il pouvait se porter sur Auch, sur Pau, ou revenir sur Aire. Mais il venait d'avoir connaissance du détachement de Beresford sur Bordeaux et il se décidait à profiter de cette division des forces alliées pour reprendre l'offensive, comme l'Empereur le lui avait ordonné, ou tout au moins à marquer un mouvement en avant.
« De Lourdes jusqu'au Roussillon », écrivait en 1719 le maréchal de Berwick au régent, « nous n'avons pas de place et toutes les rivières ne peuvent être d'usage, attendu qu'elles sont toutes en long », c'est-à-dire perpendiculaires à la direction des lignes de défense, telles qu'il les concevait.
«  On reçoit la loi des localités » (Napoléon), et la manoeuvre, bien loin de faire abstraction du terrain, doit s'en servir comme d'une arme à son usage. Le maréchal Soult modifiait donc son système de manoeuvre pour le mettre en harmonie avec les dispositions locales de cette nouvelle zone.
Nous le voyons opérer, dans cette région, en échelonnant ses troupes, face au nord et au nord-ouest, sur les longs plateaux mouvementés qui séparent les cours d'eau auxquels il appuie ses flancs à droite et à gauche. Il déboîte ainsi ses échelons, en les avançant dans la direction de l'adversaire, (soutenus en arrière et de proche en proche par des échelons débordants disposés pour l'appui, le recueil ou le repli. Son dispositif lui permet, avec une égale facilité, de faire face soit en avant, soit vers sa gauche ou vers sa droite. Il peut le pousser sans risques, aussi loin qu'il est nécessaire vers l'ennemi, et il conserve la faculté de le dérober et de le soustraire à celui-ci, grâce au jeu des échelons et à leur appui réciproque, fondée sur une bonne utilisation du terrain.
« Demain », écrivait, le 12 mars, de Vic-de-Bigorre, le maréchal au ministre de la guerre, » je réunirai l'armée en avant de Lembeye, d'où je pousserai dans la même marche jusqu'à Couchez et Viella.
» Mon projet est de gagner la grande route, qui conduit de Pau à Aire, pour me porter sur le plateau qui domine cette dernière ville, et ensuite manoeuvrer suivant les circonstances... »



Soult à Reille (Vic-de-Bigorre, 12 mars; papiers Reille). - « ...J'ai reçu les rapports que vous m'avez adressés à minuit; le général Gazan vous a prévenu de tenir vos troupes prêtes à marcher. Dans le jour, vous recevrez l'ordre de vous porter demain, avec vos deux divisions, sur Lembeye, où l'armée se réunira; et, dans la même marche, nous pousserons, s'il y a possibilité, jusqu'à Couchez et Viella. Le lieutenant-général d'Erlon suivra votre mouvement. Ainsi, pendant le jour, vous ferez rapprocher les troupes et l'artillerie, qui sont à Lafitolé, et vous pourrez pousser quelques bataillons dans la direction de Lembeye, afin de vous dégager à Maubourguet, sans cependant annoncer une marche en avant. Je désire que l'ennemi ne soupçonne pas notre mouvement. Le général Berton doit faire en sorte de se maintenir dans les postes qu'il occupe ; à cet effet, vous pourrez mettre à sa disposition deux compagnies de voltigeurs. Demain, le général Berton devra se porter sur Viella avec son avant-garde. Faites prendre des vivres, afin que les troupes soient en avance pour quatre jours et que le train d'artillerie ait du fourrage ficelé.
» P.-S. -- Le lieutenant-général Clausel fera établir aujourd'hui la division Villatte sur le plateau de Labatut » (8 kilomètres est-sud-est de Lembeye).
L'ordre de mouvement pour l'armée (papiers Reille) (Vic-de-Bigorre, 12 mars) prescrivait les dispositions suivantes :
« L'armée se portera demain en avant et se dirigera sur Lembeye et Conchez, où de nouveaux ordres seront donnés... »
Le général P. Soult fera partir, au matin, le 22e régiment de chasseurs de Morlàas, et l'enverra sur la route de Pau à Aire ; arrivé là, celui-ci fera reconnaître la direction d'Arzacq, par Thèze, et marchera lui-même vers Aire pour s'établir sur le plateau du Tourniquet (nord-ouest de Claracq) et pousser vers Garlin. Le général P. Soult laissera un régiment de cavalerie - au lieutenant-général Clausel et suivra, avec les deux autres, le mouvement de ce général, tout en détachant des partis vers la route d'Aire pour faciliter la mission du 22" chasseurs (colonel Desfossé).
La brigade de cavalerie Berton se portera sur Viella; elle poussera son avant-garde sur la route d'Aire et enverra reconnaître jusqu'à Riscle, Saint-Mont et Corneillan, sur l'Adour, pour avoir des nouvelles au delà du fleuve.
Le 13e régiment de chasseurs (colonel Poiret), en observation dans la vallée de l'Adour, en avant de Plaisance, s'avancera vers Barcelonne sans se compromettre, mais en conservant rigoureusement le contact. Il fera éclairer la direction de Nogaro et se reliera avec le général Berton. Au cas où il serait refoulé, il se replierait dans la direction de Maubourguet, tout en continuant à couvrir la droite de l'armée.
Clausel formera l'avant-garde avec les divisions Villatte et Harispe. Elles seront rendues de très bonne heure en avant de Lembeye pour pouvoir se mettre en mouvement aussitôt l'arrivée des divisions de Reille, marcher alors sur Conchez et prendre position en avant de ce point. Là, Clausel gardera la grande route d'Aire et se reliera avec le corps de cavalerie de Berton, posté sur les hauteurs de Viella ; il devra en outre éclairer fortement les directions de Garlin et la route d'Aire à Pau. Une compagnie de sapeurs est mise à sa disposition (capitaine Marcelle), par le colonel Michaux, pour réparer les ponts et les passages (voitures bouvières, chargées de planches et de madriers).
Reille dirigera ses deux divisions (Taupin et Rouget), au matin, sur Lembeye, d'où elles suivront le mouvement, sur Conchez, des divisions de Clausel et de la cavalerie restante de Pierre Soult. Deux compagnies du génie (une de sapeurs, une de mineurs), sous le commandement du major Vainssat, marcheront en tête des divisions de Reille pour achever les travaux laissés incomplets par la compagnie qui accompagne l'avant-garde (voitures bouvières chargées d'outils, planches et madriers)
D'Erlon partira au point du jour avec. les divisions Fririon et d'Armagnac, gagnera Lembeye par Maubourguet et suivra le mouvement de Reille sur Conchez.
« Le parc d'artillerie se rendra demain au soir à Vic-de-Bigorre et se tiendra prêt à suivre le mouvement de l'armée. Le colonel Bruyer pourra faire prendre du fourrage pour quatre jours à Tarbes : il enverra à ce sujet des voitures bouvières.
» Le quartier général de l'armée sera établi, demain, à Conchez.
» Les changements qui doivent avoir lieu, en vertu du dernier ordre, pour former les batteries attachées aux divisions, s'opéreront demain à leur passage à Lembeye. Le général Tirlet et les généraux commandant les divisions auront soin que la marche des troupes n'en soit pas retardée et que, dans la journée, tous ces changements soient terminés. »
Le 13, l'armée exécutait son mouvement en avant. Clausel échelonnait ses divisions sur l'éperon de Diusse jusqu'à Portet, où il établissait « un avant-poste » (Soult à guerre ; 'Couchez, 13 mars). Reille atteignait Conchez à cinq heures du soir, en soutien de Clausel ; d'Erlon arrivait à Cadillon (sud de Conchez).
La brigade de cavalerie légère du général Berton, venant de Madiran, éclairait l'armée, en avant de sa droite, dans la direction de Viella, avec deux régiments. Le 10e chasseurs, arrivant sur le Saget et trouvant le pont rompu, tentait le passage du ruisseau à un gué marécageux à peu de distance. Campbell, avec un escadron portugais, repoussait la pointe ; mais Berton gagnait la hauteur avec le régiment, atteignait le plateau et chargeait avec succès les cavaliers ennemis, bousculés dans un étroit chemin conduisant à la route d'Aire ; il leur infligeait quelques pertes et capturait 40 cavaliers.
Un troisième régiment de cavalerie, le 13e chasseurs, gardait la vallée de l'Adour et la surveillait en avant de Plaisance. Dès le matin ses postes d'observation, au delà de Tasque, étaient attaqués et refoulés ; mais le colonel Poiré se maintenait en avant de Plaisance.
A notre gauche, P. Soult, avec trois régiments de cavalerie, suivait la longue arête située entre le Lées et le gros Lées, se dirigeant vers Castetpugon. Il allait atteindre Mascaraas, sur ce contrefort, et le château du Sault, sur l'éperon qui lui est parallèle, après avoir repoussé les postes de cavalerie du général Fane dans une escarmouche heureuse où il avait pris deux officiers ; mais il était arrêté par l'arrivée de forces supérieures.
(Conchez, 13 mars). -- « ...L'ennemi montre des forces sur les hauteurs de Castetpugon et de Moncla. Les gens du pays disent qu'il en a aussi à Garlin et depuis cette ville jusqu'à Aire, où se trouve le quartier général de Wellington. Il a aussi des troupes engagées dans la vallée de l'Adour jusqu'à Tasque. Enfin tous les rapports disent qu'il a dirigé une forte colonne sur Bordeaux.
»... J'espère que mes mouvements le forceront à ramener sur ce théâtre les troupes qui se sont engagées vers la basse Garonne. Il est possible que, dans la nuit, il concentre son armée ; car aujourd'hui elle est disséminée. Demain, au point du jour, je ferai recon- naître dans ses positions et je le ferai attaquer sur celles où je croirai obtenir le plus d'avantages. » (A. G.)
(Conchez 15 mars, 5 heures du matin). -- ...« L'ennemi occupait (le 13) le contrefort de Mascaraas, Castetpugon et Moncla, ainsi que la position de Lasserre (2 km. 500 à l'ouest de Yiella), et plusieurs autres points entre le Lées et l'Adour. Le 13 au soir, il porta un corps de 10.000 hommes d'infanterie sur le plateau de Projan... » (partie nord du même contrefort).
Hill, établi au nord de Garlin en arrière du gros Lées, avait en effet pass é ce ruisseau vers la fin de la journée, et il avait pris position sur le plateau de Projan pour recueillir ses postes et pour reconnaître le mouvement offensif des Français, qui menaçait directement Aire. A la nuit, il repassait ce cours d'eau et il s'établissait sur le plateau entre Garlin et Aire ne laissant que des détachements de couverture au delà du Lées.



Wellington, dans la pensée que Soult n'avait été .rendu si entreprenant que par l'arrivée de renforts importants, se décidait à rester sur la défensive jusqu'à l'arrivée des forces qu'il attendait. Il portait, en atten.dant, les divisions Picton et Clinton à Aire et au sud pour se relier avec Hill, au nord de Garlin. Il laissait, sur la rive droite, la division légère d'Alten avec une brigade de cavalerie, qui repoussait le 13e régiment de chasseurs à cheval que nous avions laissé dans la vallée de l' Adour. En avant de son front, le gros Lées constituait un sérieux obstacle, difficile à forcer. La brigade de cavalerie de Fane, revenue de Pau depuis le 10, couvrait sa droite, vers le sud, jusqu'à Boeilho ,(2 kilomètres nord de Claracq).
Le 14 au matin, Soult attaquait les détachements -que Hill avait, en repassant ce cours d'eau, laissés la veille sur le gros Lées. A 10 heures du matin, d'Erlon se mettait en marche, par Saint-Jean-Poudge, sur Mas,caraas et Castetpugon. Il avait ordre d'occuper Garlin si l'ennemi avait évacué ce point. A sa gauche, le général P. Soult avançait, avec sa cavalerie, sur le Tourniquet et la route d'Aire. Clausel partait à 10 h. 1/2, se dirigeant aussi sur Castetpugon pour appuyer d'Erlon; il devait avancer jusqu'à la pointe nord du contrefort de Projan, afin de faire tomber la position de Garlin, en menaçant de passer par Segos. Tous deux, après avoir .enlevé Castetpugon, avaient mission d'attaquer l'ennemi à Garlin ou de déborder sa position en prolongeant leur droite vers le nord sur la route d'Aire. Reille formait ses divisions en réserve sur le plateau en arrière ,de Diusse, sur les positions que Clausel venait de quitter : il devait garder le plateau de Portet. La cavalerie de Berton éclairait l'aile droite et envoyait des reconnaissances à Riscle, Saint-Mont, Corneillan et sur la route d'Aire. Le 13e chasseurs à cheval continuait à couvrir la vallée de l'Adour en avant de Plaisance (ordre de mouvement; Conchez, 14 mars). Le maréchal se contentait de refouler les avant-postes de l'ennemi il consacrait cette journée à reconnaître lui-même les positions des alliés ; il faisait aussi rétablir les passages sur les ruisseaux en avant de ses colonnes.
(Conchez, 15 mars, 5 heures matin.) -- « ...Hier au matin (14), je pris mes dispositions pour attaquer l'ennemi; mais, à l'approche de mes colonnes, ses troupes (postes avancés) se replièrent en tiraillant sur le grand plateau, traversé par la route d'Aire à Pau, où elles joignirent le restant de l'armée, qui était en position, appuyant sa droite à Garlin et sa gauche se prolongeant jusqu'à Aire. Tout ce qui était entre la grande route de Viella et l'Adour s'est, en même temps, replié dans la direction d'Aire. Les mouvements de la journée et le temps que j'ai dû employer à reconnaître la nouvelle position de l'ennemi m'ont empêché de pousser hier plus avant mon attaque; je suis rentré fort tard et je retourne à l'instant même sur le plateau de Castetpugon, entre les deux Lées, où j'ai laissé en position les divisions de Clausel et d'Erlon. Celles de Reille sont établies sur le plateau de Portet (entre le Lées et le Laris). Les renseignements que j'ai reçus des habitants et ce que j'ai moi-même observé me persuadent que l'ennemi est disposé à recevoir la bataille sur le plateau entre Garlin et Aire, où il a 40.000 hommes réunis, avec beaucoup de canons. Cette position me paraît trop forte pour l'attaquer de front : je ferai en sorte, par mes mouvements, d'en détacher l'ennemi, afin de pouvoir agir contre lui avec plus d'avantages.
» ...J'espère que mes mouvements forceront les ennemis à ramener vers les Pyrénées une partie des troupes qu'ils ont engagées vers la basse Garonne. » (A. G.)


Neuf Mois de Campagnes à la suite du Maréchal Soult - Lt Colonel J-B. DUMAS - Paris - Edit Charles-Lavauzelle
Source: Bnf