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lundi 21 mars 2016

1814 Article 4

Le 12 mars, l'armée anglaise était réunie aux environs d'Aire et de Barcelonne. Ses détachements de couverture et sa cavalerie occupaient Garlin sur la route de Pau, Viella sur la route de Maubourguet, et le ruisseau du Saget (4 kilomètres de Viella), Riscle sur la route de Tarbes, et Pouydraguin (route de Marciac et Miélan et route de Vic-Fezensac sur Auch), formant un demi-cercle de 30 à 35 kilomètres de développement, à 15 et 25 kilomètres environ de son rassemblement.
Freyre allait arriver le 13 avec 8.000 hommes d'infanterie espagnole; le 14, Ponsonby rejoignait venant du siège de Bayonne, avec la grosse cavalerie. Les troupes de Beresford allaient quitter Langon, le 16, pour rallier l'armée en quatre jours de marches forcées.
Le 12, également, les troupes de d'Erlon étaient échelonnées de Ladevèze à Auriébat et Sauveterre, à cheval sur la route de Maubourguet à Marciac et couvrant les routes de Rabastens, de Villecomtal, de Marciac à Miélan ; ses postes étaient en avant de Plaisance, à hauteur de Tasque ; il faisait éclairer les directions de Barcelonne, de Nogaro, de Vic-Fezensac et de Mirande.
Reille tenait ses divisions autour de Maubourguet et de Lafitolé avec une avant-garde de cavalerie (brigade Berton) à Madiran; elle éclairait jusqu'au Saget, près de Viella, et à Castelnau-Rivière-Basse.
Clausel était à Vic-de-Bigorre et à Rabastens. Sa cavalerie (Pierre Soult) occupait Lembeye et elle éclairait les directions d'Aire par Conchez et par Garlin et celle de Pau par Morlàas.
Le maréchal couvrait Tarbes et Toulouse, et il pouvait se porter sur Auch, sur Pau, ou revenir sur Aire. Mais il venait d'avoir connaissance du détachement de Beresford sur Bordeaux et il se décidait à profiter de cette division des forces alliées pour reprendre l'offensive, comme l'Empereur le lui avait ordonné, ou tout au moins à marquer un mouvement en avant.
« De Lourdes jusqu'au Roussillon », écrivait en 1719 le maréchal de Berwick au régent, « nous n'avons pas de place et toutes les rivières ne peuvent être d'usage, attendu qu'elles sont toutes en long », c'est-à-dire perpendiculaires à la direction des lignes de défense, telles qu'il les concevait.
«  On reçoit la loi des localités » (Napoléon), et la manoeuvre, bien loin de faire abstraction du terrain, doit s'en servir comme d'une arme à son usage. Le maréchal Soult modifiait donc son système de manoeuvre pour le mettre en harmonie avec les dispositions locales de cette nouvelle zone.
Nous le voyons opérer, dans cette région, en échelonnant ses troupes, face au nord et au nord-ouest, sur les longs plateaux mouvementés qui séparent les cours d'eau auxquels il appuie ses flancs à droite et à gauche. Il déboîte ainsi ses échelons, en les avançant dans la direction de l'adversaire, (soutenus en arrière et de proche en proche par des échelons débordants disposés pour l'appui, le recueil ou le repli. Son dispositif lui permet, avec une égale facilité, de faire face soit en avant, soit vers sa gauche ou vers sa droite. Il peut le pousser sans risques, aussi loin qu'il est nécessaire vers l'ennemi, et il conserve la faculté de le dérober et de le soustraire à celui-ci, grâce au jeu des échelons et à leur appui réciproque, fondée sur une bonne utilisation du terrain.
« Demain », écrivait, le 12 mars, de Vic-de-Bigorre, le maréchal au ministre de la guerre, » je réunirai l'armée en avant de Lembeye, d'où je pousserai dans la même marche jusqu'à Couchez et Viella.
» Mon projet est de gagner la grande route, qui conduit de Pau à Aire, pour me porter sur le plateau qui domine cette dernière ville, et ensuite manoeuvrer suivant les circonstances... »



Soult à Reille (Vic-de-Bigorre, 12 mars; papiers Reille). - « ...J'ai reçu les rapports que vous m'avez adressés à minuit; le général Gazan vous a prévenu de tenir vos troupes prêtes à marcher. Dans le jour, vous recevrez l'ordre de vous porter demain, avec vos deux divisions, sur Lembeye, où l'armée se réunira; et, dans la même marche, nous pousserons, s'il y a possibilité, jusqu'à Couchez et Viella. Le lieutenant-général d'Erlon suivra votre mouvement. Ainsi, pendant le jour, vous ferez rapprocher les troupes et l'artillerie, qui sont à Lafitolé, et vous pourrez pousser quelques bataillons dans la direction de Lembeye, afin de vous dégager à Maubourguet, sans cependant annoncer une marche en avant. Je désire que l'ennemi ne soupçonne pas notre mouvement. Le général Berton doit faire en sorte de se maintenir dans les postes qu'il occupe ; à cet effet, vous pourrez mettre à sa disposition deux compagnies de voltigeurs. Demain, le général Berton devra se porter sur Viella avec son avant-garde. Faites prendre des vivres, afin que les troupes soient en avance pour quatre jours et que le train d'artillerie ait du fourrage ficelé.
» P.-S. -- Le lieutenant-général Clausel fera établir aujourd'hui la division Villatte sur le plateau de Labatut » (8 kilomètres est-sud-est de Lembeye).
L'ordre de mouvement pour l'armée (papiers Reille) (Vic-de-Bigorre, 12 mars) prescrivait les dispositions suivantes :
« L'armée se portera demain en avant et se dirigera sur Lembeye et Conchez, où de nouveaux ordres seront donnés... »
Le général P. Soult fera partir, au matin, le 22e régiment de chasseurs de Morlàas, et l'enverra sur la route de Pau à Aire ; arrivé là, celui-ci fera reconnaître la direction d'Arzacq, par Thèze, et marchera lui-même vers Aire pour s'établir sur le plateau du Tourniquet (nord-ouest de Claracq) et pousser vers Garlin. Le général P. Soult laissera un régiment de cavalerie - au lieutenant-général Clausel et suivra, avec les deux autres, le mouvement de ce général, tout en détachant des partis vers la route d'Aire pour faciliter la mission du 22" chasseurs (colonel Desfossé).
La brigade de cavalerie Berton se portera sur Viella; elle poussera son avant-garde sur la route d'Aire et enverra reconnaître jusqu'à Riscle, Saint-Mont et Corneillan, sur l'Adour, pour avoir des nouvelles au delà du fleuve.
Le 13e régiment de chasseurs (colonel Poiret), en observation dans la vallée de l'Adour, en avant de Plaisance, s'avancera vers Barcelonne sans se compromettre, mais en conservant rigoureusement le contact. Il fera éclairer la direction de Nogaro et se reliera avec le général Berton. Au cas où il serait refoulé, il se replierait dans la direction de Maubourguet, tout en continuant à couvrir la droite de l'armée.
Clausel formera l'avant-garde avec les divisions Villatte et Harispe. Elles seront rendues de très bonne heure en avant de Lembeye pour pouvoir se mettre en mouvement aussitôt l'arrivée des divisions de Reille, marcher alors sur Conchez et prendre position en avant de ce point. Là, Clausel gardera la grande route d'Aire et se reliera avec le corps de cavalerie de Berton, posté sur les hauteurs de Viella ; il devra en outre éclairer fortement les directions de Garlin et la route d'Aire à Pau. Une compagnie de sapeurs est mise à sa disposition (capitaine Marcelle), par le colonel Michaux, pour réparer les ponts et les passages (voitures bouvières, chargées de planches et de madriers).
Reille dirigera ses deux divisions (Taupin et Rouget), au matin, sur Lembeye, d'où elles suivront le mouvement, sur Conchez, des divisions de Clausel et de la cavalerie restante de Pierre Soult. Deux compagnies du génie (une de sapeurs, une de mineurs), sous le commandement du major Vainssat, marcheront en tête des divisions de Reille pour achever les travaux laissés incomplets par la compagnie qui accompagne l'avant-garde (voitures bouvières chargées d'outils, planches et madriers)
D'Erlon partira au point du jour avec. les divisions Fririon et d'Armagnac, gagnera Lembeye par Maubourguet et suivra le mouvement de Reille sur Conchez.
« Le parc d'artillerie se rendra demain au soir à Vic-de-Bigorre et se tiendra prêt à suivre le mouvement de l'armée. Le colonel Bruyer pourra faire prendre du fourrage pour quatre jours à Tarbes : il enverra à ce sujet des voitures bouvières.
» Le quartier général de l'armée sera établi, demain, à Conchez.
» Les changements qui doivent avoir lieu, en vertu du dernier ordre, pour former les batteries attachées aux divisions, s'opéreront demain à leur passage à Lembeye. Le général Tirlet et les généraux commandant les divisions auront soin que la marche des troupes n'en soit pas retardée et que, dans la journée, tous ces changements soient terminés. »
Le 13, l'armée exécutait son mouvement en avant. Clausel échelonnait ses divisions sur l'éperon de Diusse jusqu'à Portet, où il établissait « un avant-poste » (Soult à guerre ; 'Couchez, 13 mars). Reille atteignait Conchez à cinq heures du soir, en soutien de Clausel ; d'Erlon arrivait à Cadillon (sud de Conchez).
La brigade de cavalerie légère du général Berton, venant de Madiran, éclairait l'armée, en avant de sa droite, dans la direction de Viella, avec deux régiments. Le 10e chasseurs, arrivant sur le Saget et trouvant le pont rompu, tentait le passage du ruisseau à un gué marécageux à peu de distance. Campbell, avec un escadron portugais, repoussait la pointe ; mais Berton gagnait la hauteur avec le régiment, atteignait le plateau et chargeait avec succès les cavaliers ennemis, bousculés dans un étroit chemin conduisant à la route d'Aire ; il leur infligeait quelques pertes et capturait 40 cavaliers.
Un troisième régiment de cavalerie, le 13e chasseurs, gardait la vallée de l'Adour et la surveillait en avant de Plaisance. Dès le matin ses postes d'observation, au delà de Tasque, étaient attaqués et refoulés ; mais le colonel Poiré se maintenait en avant de Plaisance.
A notre gauche, P. Soult, avec trois régiments de cavalerie, suivait la longue arête située entre le Lées et le gros Lées, se dirigeant vers Castetpugon. Il allait atteindre Mascaraas, sur ce contrefort, et le château du Sault, sur l'éperon qui lui est parallèle, après avoir repoussé les postes de cavalerie du général Fane dans une escarmouche heureuse où il avait pris deux officiers ; mais il était arrêté par l'arrivée de forces supérieures.
(Conchez, 13 mars). -- « ...L'ennemi montre des forces sur les hauteurs de Castetpugon et de Moncla. Les gens du pays disent qu'il en a aussi à Garlin et depuis cette ville jusqu'à Aire, où se trouve le quartier général de Wellington. Il a aussi des troupes engagées dans la vallée de l'Adour jusqu'à Tasque. Enfin tous les rapports disent qu'il a dirigé une forte colonne sur Bordeaux.
»... J'espère que mes mouvements le forceront à ramener sur ce théâtre les troupes qui se sont engagées vers la basse Garonne. Il est possible que, dans la nuit, il concentre son armée ; car aujourd'hui elle est disséminée. Demain, au point du jour, je ferai recon- naître dans ses positions et je le ferai attaquer sur celles où je croirai obtenir le plus d'avantages. » (A. G.)
(Conchez 15 mars, 5 heures du matin). -- ...« L'ennemi occupait (le 13) le contrefort de Mascaraas, Castetpugon et Moncla, ainsi que la position de Lasserre (2 km. 500 à l'ouest de Yiella), et plusieurs autres points entre le Lées et l'Adour. Le 13 au soir, il porta un corps de 10.000 hommes d'infanterie sur le plateau de Projan... » (partie nord du même contrefort).
Hill, établi au nord de Garlin en arrière du gros Lées, avait en effet pass é ce ruisseau vers la fin de la journée, et il avait pris position sur le plateau de Projan pour recueillir ses postes et pour reconnaître le mouvement offensif des Français, qui menaçait directement Aire. A la nuit, il repassait ce cours d'eau et il s'établissait sur le plateau entre Garlin et Aire ne laissant que des détachements de couverture au delà du Lées.



Wellington, dans la pensée que Soult n'avait été .rendu si entreprenant que par l'arrivée de renforts importants, se décidait à rester sur la défensive jusqu'à l'arrivée des forces qu'il attendait. Il portait, en atten.dant, les divisions Picton et Clinton à Aire et au sud pour se relier avec Hill, au nord de Garlin. Il laissait, sur la rive droite, la division légère d'Alten avec une brigade de cavalerie, qui repoussait le 13e régiment de chasseurs à cheval que nous avions laissé dans la vallée de l' Adour. En avant de son front, le gros Lées constituait un sérieux obstacle, difficile à forcer. La brigade de cavalerie de Fane, revenue de Pau depuis le 10, couvrait sa droite, vers le sud, jusqu'à Boeilho ,(2 kilomètres nord de Claracq).
Le 14 au matin, Soult attaquait les détachements -que Hill avait, en repassant ce cours d'eau, laissés la veille sur le gros Lées. A 10 heures du matin, d'Erlon se mettait en marche, par Saint-Jean-Poudge, sur Mas,caraas et Castetpugon. Il avait ordre d'occuper Garlin si l'ennemi avait évacué ce point. A sa gauche, le général P. Soult avançait, avec sa cavalerie, sur le Tourniquet et la route d'Aire. Clausel partait à 10 h. 1/2, se dirigeant aussi sur Castetpugon pour appuyer d'Erlon; il devait avancer jusqu'à la pointe nord du contrefort de Projan, afin de faire tomber la position de Garlin, en menaçant de passer par Segos. Tous deux, après avoir .enlevé Castetpugon, avaient mission d'attaquer l'ennemi à Garlin ou de déborder sa position en prolongeant leur droite vers le nord sur la route d'Aire. Reille formait ses divisions en réserve sur le plateau en arrière ,de Diusse, sur les positions que Clausel venait de quitter : il devait garder le plateau de Portet. La cavalerie de Berton éclairait l'aile droite et envoyait des reconnaissances à Riscle, Saint-Mont, Corneillan et sur la route d'Aire. Le 13e chasseurs à cheval continuait à couvrir la vallée de l'Adour en avant de Plaisance (ordre de mouvement; Conchez, 14 mars). Le maréchal se contentait de refouler les avant-postes de l'ennemi il consacrait cette journée à reconnaître lui-même les positions des alliés ; il faisait aussi rétablir les passages sur les ruisseaux en avant de ses colonnes.
(Conchez, 15 mars, 5 heures matin.) -- « ...Hier au matin (14), je pris mes dispositions pour attaquer l'ennemi; mais, à l'approche de mes colonnes, ses troupes (postes avancés) se replièrent en tiraillant sur le grand plateau, traversé par la route d'Aire à Pau, où elles joignirent le restant de l'armée, qui était en position, appuyant sa droite à Garlin et sa gauche se prolongeant jusqu'à Aire. Tout ce qui était entre la grande route de Viella et l'Adour s'est, en même temps, replié dans la direction d'Aire. Les mouvements de la journée et le temps que j'ai dû employer à reconnaître la nouvelle position de l'ennemi m'ont empêché de pousser hier plus avant mon attaque; je suis rentré fort tard et je retourne à l'instant même sur le plateau de Castetpugon, entre les deux Lées, où j'ai laissé en position les divisions de Clausel et d'Erlon. Celles de Reille sont établies sur le plateau de Portet (entre le Lées et le Laris). Les renseignements que j'ai reçus des habitants et ce que j'ai moi-même observé me persuadent que l'ennemi est disposé à recevoir la bataille sur le plateau entre Garlin et Aire, où il a 40.000 hommes réunis, avec beaucoup de canons. Cette position me paraît trop forte pour l'attaquer de front : je ferai en sorte, par mes mouvements, d'en détacher l'ennemi, afin de pouvoir agir contre lui avec plus d'avantages.
» ...J'espère que mes mouvements forceront les ennemis à ramener vers les Pyrénées une partie des troupes qu'ils ont engagées vers la basse Garonne. » (A. G.)


Neuf Mois de Campagnes à la suite du Maréchal Soult - Lt Colonel J-B. DUMAS - Paris - Edit Charles-Lavauzelle
Source: Bnf 

lundi 22 février 2016

1814: Article 3

Or, dès le 8, Wellington avait fait partir, de Mont-de-Marsan pour Bordeaux, Beresford, avec les divisions Cole et Walcker, la brigade de cavalerie Vivian et quelques pièces. Une partie de la brigade de cavalerie Yandeleur, venant de Bayonne, par Dax, les rejoignait en route (12.000 hommes). Il avait ordre d'occuper la ville, et de faire de la Garonne un port pour les alliés, « aux termes de ses instructions militaires ». Il devait, en outre, obliger les fonctionnaires à déclarer s'ils consentaient à continuer l'exercice de leurs fonctions. Enfin, il avait été informé que Bordeaux renfermait de nombreux partisans des Bourbons, qui se proposaient d'arborer le drapeau blanc et de proclamer Louis XVIII sous la protection des alliés. Il ne devait pas se compromettre dans ce mouvement s'il avait lieu, mais l'encourager, promettre que les alliés n'élèveraient aucune opposition aux actes politiques des royalistes tant que la tranquillité serait assurée dans les régions occupées par l'armée; il lui était d'ailleurs recommandé de les aider, de les soutenir et de leur fournir armes et munitions, tirées de Dax, tout en les prévenant que, si la paix venait à être conclue, il me serait plus possible de leur continuer aucun secours militaire.
Beresford avait ordre d'observer la direction d'Agen ; des rassemblements de forces avaient été signalés sur ce point et l'on craignait que Soult ne, parvînt à les pousser vers Bordeaux en appuyant lui-même leur action offensive. On s'attendait d'ailleurs à voir le maréchal effectuer sa retraite par Auch et il s'agissait de pouvoir le suivre rapidement dans cette direction. Beresford laissait en conséquence, le 10, le gros de ses forces à Langon (45 kilom. de Bordeaux), sous le commandement de Dalhousie, et il entrait à Bordeaux, le 12 au matin, aveq 800 cavaliers du 1er régiment de hussards hanovriens (dit 1er german) de la brigade Vivian. Le maire Lynch le recevait à la tête d'une partie de la municipalité et des partisans des Bourbons.
Ce fonctionnaire français et impérial arrachait le drapeau tricolore; il faisait arborer le drapeau blanc et proclamait Louis XVIII; il déclarait que les armées alliées n'avaient d'autre but que de renverser Napoléon et de le remplacer par Louis XVIII.
Le général Lhuillier détruisait le fort Médoc (rive gauche) et se réfugiait, dans la nuit du II, -à fort Pâté et sur la rive droite.
Général Lhunlier à guerre (La Bastide, 12 mars). ?
«. J'ai quitté Bordeaux avec mes troupes cette nuit...Hier, l'empressement d'une portion des habitants à aller au-,devant des Anglais indique suffisamment le désir qu'ils avaient de les recevoir dans leurs murs. Il reste de bons Français à Bordeaux ; mais les étrangers naturalisés, les commerçants, les égoïstes ont dû entraîner l'opinion ; la postérité jugera que, nonobstant l'événement actuel, la masse des Bordelais était française et que sa voix a été étouffée. Il n'est resté à Bordeaux, de nos troupes et de nos administrateurs, que les hommes qui l'ont bien voulu ; tout le monde a été prévenu et les moyens de passage de la rivière n'ont pas manqué. Il est 9 heures du matin et le bruit des caisses et les cris des habitants indiquent l'entrée des Anglais à Bordeaux. Malgré mes ordres réitérés et les dispositions prises sans doute par la marine, les bâtiments, bateaux, etc., que la cupidité de certains individus a fait laisser sur la rive gauche, fourniront assez de moyens de passage aux ennemis sur ce point. Cette circonstance me force à faire passer mes troupes sur la rive droite de la Dordogne. Ce mouvement s'exécutera dans l'après-midi. » (A. G.)
(19 mars). -- « Le 12 mars, un peloton de 40 hussards hanovriens se présenta à 8 heures du matin devant Bordeaux, se porta à la mairie ; de là, il alla aux magasins aux vivres qu'il trouva démunis. A 10 heures, le maire se rendit aux avant-postes ennemis avec quelques personnes du conseil municipal ; il offrit au général Beresford les clefs de la ville au nom de Louis XVIII. Le général répondit les accepter, puisqu'on les lui offrait à ce titre, mais qu'il ne l'avait pas exigé. Le maire accepta de la main du général l'écharpe et la cocarde blanches, aux cris de : Vive Louis XVIII ! Les Anglais répandirent beaucoup de cocardes qui furent ramassées par une foule de gens sans aveu qui recherchaient le désordre pour vivre. Le duc d'Angoulême, arrivé le même jour à 4 heures du soir, fut reçu avec les honneurs, conduit à la cathédrale pour y entendre un Te Deum et porté en triomphe au palais impérial ; .les citoyens qui pensent, dans Bordeaux, et dont le nombre est plus grand qu'on ne croit, gémissent de l'énormité de la faute de leur maire ; .parmi ceux qui ont adopté la cocarde blanche, on n'a reconnu que quelques anglais, d'anciens nobles et beaucoup de gens suspects aux gens de bien. La partie saine des habitants se tient à l'écart. » (A.G.)
(Saint-André-de-Cubzac, 14 mars). – « .Les porteurs d'eau et quelques écervelés ont arboré la cocarde blanche; les bons citoyens étaient mornes; et puisque, dans le moment d'enthousiasme, Bordeaux ne s'est pa,s prononcé, il est à croire que Louis XVIII, dont le représentant est descendu à l'église, où M. l'Archevêque a entonné le Te Deum, ne fera pas longtemps fortune dans une ville dont l'esprit est aussi versatile. M. l'Archevêque avait reçu ordre de partir de M. le sénateur comte Cornudet. »
» On est venu demander au général Beresford, après son entrée, la permission. d'arborer le drapeau blanc; le général n'a point accordé, mais a dit simplement que, si c'était le v?u de Bordeaux, il ne l'empêchait pas. Le drapeau blanc a été arboré de suite sur la tour Saint-Michel ; je l'y ai vu flotter avant mon départ de la Bastide. » (A. G.)
L'inspecteur aux revues Garrau au ministre (vers le 21 mars). -- « ...Pour amadouer le peuple de Bordeaux on a rendu une ordonnance qui redonne aux écus de 3 et de 6 livres leur valeur monétaire et qui réduit à vingt-cinq francs le tonneau le droit d'entrée sur les vins. Ce qui fait le plus d'impression sur les habitants des campagnes, c'est l'abolition des droits réunis. On est parvenu à leur inspirer une telle horreur contre ces impôts qu'il est à -craindre que, dans la circonstance, ils ne se portent à des excès contre les employés.
» Il est évident que le maire de Bordeaux est un traître qui, depuis longtemps, entretenait des intelligences secrètes avec l'ennemi.
» Le cortège du duc d'Angoulême était composé d'un grand nombre d'émigrés du Béarn, des Landes et de la Gironde, à la tête desquels on remarquait M. de La Rochejacquelein. (A. G.)



Du général Lhuillier (Saint-André-de-Cubzac, 15 mars) « Il paraît certain qu'une colonne de 2.500 Portugais est entrée à Bordeaux dans la journée du 14 ; .un jeune homme intelligent a été envoyé dans cette place pour reconnaître la force de l'ennemi...
J'ai écrit au sous-préfet de Blaye et de Bordeaux (Cubzac fait partie de ce dernier arrondissement) pour les inviter à organiser la défense ; celui de Libourne est absent, quoique la troupe y soit encore ; il a suivi le préfet, dont je n'ai pas de nouvelles. Je reçois à l'instant une lettre du préfet de la Gironde, écrite à Saint-Médard le 14 ; je lui écris qu'il voulût bien rentrer au quartier général, ce qui lèverait bien des difficultés et l'invite à donner ordre au sous-préfet de Libourne de rentrer d'ans cette ville, dont les troupes françaises no sont pas sorties. » (A. G.)
Le 19 mars, le général Lhuillier rendait compte au ministre qu'il n'avait pas omis, de faire passer tous les bateaux sur la rive droite, sauf ceux qu'il avait destinés au transport des troupes, s'il devait avoir lieu. Le 10, dans une réunion des autorités, il avait proposé do mettre des postes sur ces bateaux pour les garder ; mais le maire Lynch avait déclaré qu'en agissant ainsi on susciterait une révolte, que les marins déserteraient.
Le général Lhuillier avait été trompé et les habitants avaient aidé à faire venir les bateaux sur la rive gauche pour seconder l'ennemi. On avait cependant évacué et désarmé Fort-Médoc. La garnison de Pointede-Grave avait été envoyée à Blaye ; les pièces étaient enclouées, les travaux en terre détruits, les bâtiments en bois brûlés. Deux pièces de campagne et les poudres avaient été portées à Blaye. Les ouvrages de Fort-Médoc étaient nuls : on n'avait pas eu le temps de les détruire, non plus que de démanteler les batteries de Castillon et de Trompe-Loup.
Une lettre du général Desbarreaux au général Lhuillier, en date du 15 mars, nous renseigne plus complètement sur la situation réelle des défenses. Il venait de passer la revue de la garnison de Blaye ; elle comprenait : 21 officiers, 2.300 hommes, dont 2.000 conscrits appartenant au dépôt du 66e régiment et à sept cadres de régiments différents : ils. n'étaient ni vêtus ni armés. « Ils le seront aujourd'hui ou demain. La citadelle n'est en état que de résister à un coup de main, mais non à une attaque réelle. Elle formait jadis l'ancienne ville de Blaye, ses principales fortifications battent la rivière seulement ; le côté terre est dominé de partout ; les magasins sont bien pourvus en vivres, munitions, etc. La garnison sera formée à 1.200 hommes et le reste évacué sur La Rochelle. Fort-Paté est en état de défense ; sa garnison sera doublée. Les batteries et les forts Médoc, Castillon, Trompe-Loup et Pointe-de-Grave sont détruits, ou vont l'être ; les canons seront encloués, en raison de l'impossibilité de les réintégrer dans la citadelle. Les marins s'étant refusés à marcher, se plaignant de n'être pas payés, on a dû avoir recours à la force armée pour les contraindre. »
Six chaloupes, avec leurs marins et un délai de quatre ou cinq jours étaient encore nécessaires pour détruire les forts et pour évacuer tout ce qu'on pourrait en fait d'armes, de munitions, d'archives, etc., sur La Rochelle. (A. G.)
Soult à Guerre (Conchez, 15 mars, 5 heures du matin). - «... Je ne puis que déplorer de voir que les habitants de tous les départements montrent aussi peu de détermination pour se défendre et que quelques cavaliers ennemis suffisent pour faire soumettre les villes les plus peuplées. Je déplore aussi que les départements de la 208 division militaire et celui de la Gironde soient aussi peu avancés pour l'organisation de la garde nationale et pour les autres mesures de défense prescrites par les décrets de l'Empereur. Je devais supposer que MM. les commissaires extraordinaires de Sa Majesté, qui étaient sur les lieux, s'en seraient au moins occupés ; mais il n'y a absolument rien de fait et ces départements sont en quelque sorte livrés sans défense aux ennemis. La dernière lettre que j'ai reçue du général Lhuillier était du 10 ; l'ennemi n'était encore qu'à Bazas je dois cependant croire qu'il est entré à Bordeaux ; du moins, le bruit en est généralement répandu.
On dit même que les habitants ont arboré la cocarde blanche. 30.000 ennemis auraient dû échouer à Bordeaux si cette population avait eu l'honneur pour guide et le sentiment de ses devoirs. » (A. G.).
(16 mars). -- «. Je ne conçois pas qu'ayant donné l'ordre, le 22 janvier, de faire évacuer sur la rive droite les magasins qui étaient à Bordeaux, l'on prétende avoir manqué d'argent, de temps et de moyens pour compléter cette opération. A quoi servaient donc les autorités qui étaient à Bordeaux. Je n'ai rien reçu du comte Cornudet depuis quinze jours ; il m'a même laissé ignorer son départ de Bordeaux.
Guerre à Soult (21 mars) -- «... Le général Lhuillier a été en tout très mal informé ; les autorités qui l'environnent ont également montré peu de fermeté et ne se sont pas entendues entre elles. L'ennemi était encore à 30 lieues, que chacun s'est pressé de partir, en sorte que tout ce qu'il y avait à Bordeaux de sujets fidèles de Sa Majesté s'est trouvé hors d'état, par cet abandon, d'imposer aux partisans de l'ennemi. Je ne dois pas vous taire non plus que les ordres qui ont été envoyés à Bordeaux par le général Gazan, pour les évacuations, et qui ne contenaient aucun éclaircissement accessoire sur les suites de la bataille d'Orthez et sur votre véritable position, ont contribué à y jeter l'alarme, que l'approche des partis ennemis a fini par accréditer : les mêmes craintes et l'incertitude où l'on était des véritables résultats de l'affaire du 27 février se sont propagées sur la frontière orientale des Pyrénées ; on ne conçoit pas que le général Laffitte ait pu s'imaginer que les Anglais marchaient sur Narbonne et qu'ils y seraient même rendus avant que le maréchal Suchet pût y être arrivé lui-même. » (A. G.)
Cependant, la flotte anglaise qui devait appuyer le mouvement de Beresford n'était pas arrivée ; plusieurs bâtiments de guerre français étaient venus mouiller au-dessous de Blaye. Enfin, Wellington, renseigné maintenant sur la situation à Bordeaux, et préoccupé de la rapide réorganisation des forces de Soult, qui paraissaient à la veille de reprendre l'offensive, rappelait Beresford, le 16, avec la division Cole et la brigade de cavalerie Vivian; il ne laissait sous Bordeaux que Dalhousie à la tête de la division Walcker et de trois escadrons. Aussi bien, le mouvement 'apparent d'opinion, soulevé par l'initiative du maire et la pression du duc d'Angoulême, était déjà contrecarré par le retour des esprits. Dans les Landes, les paysans brûlaient les maisons des partisans, du drapeau blanc.
Quelques volontaires battaient le pays au nord de la Garonne ; à Bordeaux même on n'attendait que l'approche du général Decaen, annoncé à Périgueux, pour mettre à la raison les partisans du roi et de l'étranger.
Le duc d'Angoulême, très inquiet, demandait le maintien à Bordeaux des troupes anglaises, arguant que Wellington l'avait aidé à y prendre le pouvoir et qu'en conséquence* il était engagé, ainsi que son gouvernement, à lui continuer son aide. Wellington, qui était tout prêt à soutenir un mouvement d'opinion unanime et profond, utile à ses intérêts militaires, se refusait à s'engager aucunement à la suite du duc d'Angoulême, dans une aventure politique lancée avec légèreté, sans bases sérieuses, dans le pays. La révolution de Bordeaux, malgré ,E,a gravité, n'avait pas même eu d'écho dans la Vendée, ni d'ailleurs sur aucun point du territoire occupé par les alliés. Elle n'avait déterminé aucun mouvement général d'opinion ; elle restait l'oeuvre isolée et purement locale d'un parti politique représentant d'un régime oublié des populations. Wellington déclarait donc au duc d'Angoulême qu'il désavouait la proclamation hâtive de reconnaissance de Louis XVIII, que le duc pouvait sans doute faire personnellement, mais pour laquelle il n'avait pas le droit de se servir du nom et de l'autorité des gouvernements alliés, sans les avoir consultés, ou de ceux de leur général, qui, déjà consulté plusieurs fois, avait chaque fois émis un avis opposé. Wellington, certes, était décidé à n'intervenir en aucune façon si une ville ou une région se déclaraient en faveur des Bourbons. Il remettrait alors entre les mains du duc d'Angoulême le gouvernement local, ou même total, s'il y avait lieu, du pays occupé par les alliés, si ce pays se déclarait en entier en faveur des Bourbons. Mais, à Bordeaux simplement, le mouvement était bien loin d'être unanime; il ne pouvait, en conséquence, être question de compromettre l'administration des régions occupées et, par suite, les intérêts mêmes des armées alliées, dans le seul but d'aider un prétendant royal.
Il faisait donc connaître au duc d'Angoulême : « qu'il avait occupé Bordeaux comme point militaire et qu'il était résolu à ne pas même risquer une compagnie d'infanterie pour un autre intérêt que celui de la cause des alliés. Ce n'était pas en aidant les armées alliées que certaines personnes avaient compromis leurs personnes et leurs propriétés, mais bien par le fait de leur déclaration politique prématurée, qu'il désavouait. ». Il était contraire aux intérêts de l'armée de soutenir un simple parti d'opposition, peu suivi, qui troublait l'exercice des administrations locales, nécessaires à la vie et à l'entretien des armées alliées.
Le général Dalhousie, laissé sous Bordeaux par Beresford, recevait donc l'ordre de tenir ses troupes rassemblées et loin de la ville.
En face de lui, au commencement d'avril, le général Decaen arrivait à Libourne pour organiser « l'armée de la Garonne » ou « corps d'armée de la Dordogne ». Le général Despeaux, avec un corps de gendarmes, de douaniers et de gardes nationaux, battait la vallée de la Garonne entre Agen et La Réole.
Le général Lhuillier, qui disposait d'un millier d'hommes à Saint-André-de-Cubzac, allait être rejoint (Il avril) par quelques batteries envoyées de. Narbonne, de Paris même et par 300 ou 400 chevaux venant de La Rochelle. Enfin, 6.000 vétérans, dirigés par Suchet sur l'armée de Lyon, avaient reçu ordre de quitter cette route pour se rendre à Libourne, sous le commandement du général Beurmann (fin mars).

Neuf Mois de Campagnes à la suite du Maréchal Soult - Lt Colonel J-B. DUMAS - Paris - Edit Charles-Lavauzelle
Source: Bnf 

mardi 16 février 2016

1814 - Article 2

Soult à Guerre (Rabastens, 11 mars). -- « ...L'ennemi se concentre sur Aire et Barcelonne ; il a poussé une forte avant-garde jusqu'à Tasque et Pouydraguin : une partie des troupes qu'il avait envoyées à Mont-deMarsan est revenue à Barcelonne...
« ...La cavalerie ennemie se répand sur tout le département des Landes et dans partie de celui du Gers : elle est si supérieure en nombre à celle que je puis employer, que rien ne l'empêche de faire ces promenades ; mais il est honteux que des communes très peuplées se soumettent à l'approche de trois ou quatre cavaliers ennemis. Si les habitants voulaient, déjà l'on aurait enlevé plus de 1.000 hommes de cavalerie aux ennemis ; les autorités sont d'une telle faiblesse que, loin de penser à donner de l'énergie à la population, Chacun s'occupe de ses petits intérêts et de sa sûreté personnelle ; l'on a même de la, peine à obtenir des renseignements.
« Un officier et quatre hussards du 2e régiment, qui éclairaient la marche d'un détachement qui avait été envoyé en reconnaissance vers Pau, sont entrés hier dans cette ville au moment où la brigade de cavalerie venait d'en partir et ils ont pris 2 officiers et 22 Portugais...
C'est au moment où le maréchal, en proie à ces graves difficultés, faisait tous ses efforts et appliquait son énergie, son activité, ses rares qualités d'organisateur à remettre ses troupes en état d'agir de nouveau après ces dures épreuves, qu'il recevait du ministre l'expression du mécontentement de l'Empereur et la désapprobation des mesures de conservation et de couverture qu'il avait jugé nécessaire de prendre, faute d'être en situation d'opérer offensivement.
Ministre à Soult (4 mars). -- « Par mes lettres des 27 et 28 février, j'ai eu l'honneur de vous transmettre les intentions de l'Empereur sur le système d'opérations que vous deviez adopter et sur la nécessité de mettre en ce moment, dans vos combinaisons, toute la vigueur et la décision possibles. L'Empereur me charge de réitérer à Votre Excellence l'expression de sa volonté à cet égard. Sa Majesté persiste à penser qu'avec des troupes telles que celles qui sont sous vos ordres vous devez battre l'ennemi, pour peu que vous montriez de l'audace et que vous marchiez vous-même à la tête des troupes. Sa Majesté ajoute que nous sommes dans un temps où il faut plus de résolution et de vigueur que dans les temps ordinaires ; qu'en manoeuvrant avec autorité, en donnant l'exemple, d'être le premier au lieu du péril, vous devez, avec une armée telle que la vôtre, battre le double des ennemis. Je ne crains pas d'ajouter moi-même que vous avez, dans le succès de vos combinaisons passées, l'exemple de celles que l'Empereur demande aujourd'hui et que toutes les fois que vous avez étonné et surpris l'ennemi au milieu d'une opération ou sur un point inattendu, vous avez fait avorter ses projets et détruit ses plans. »
(Même jour). - «... Un ordre de l'Empereur, en date du 28 courant, vient de prescrire au maréchal Suchet de détacher de son armée une deuxième colonne de 10.000 hommes et de la diriger en poste sur Lyon. Après le départ de la première colonne, le maréchal Suchet se trouvait déjà réduit à n'avoir que 12.900 hommes disponibles : ainsi, après le départ de la seconde, il n'aura pas même 3.000 hommes à opposer à environ 50.000 ennemis qui, une fois instruits de son affaiblissement, ne peuvent manquer de saisir une occasion aussi favorable d'entreprendre, (sic)...
« ...Il est indispensable que le maréchal Suchet soit autorisé à réunir autour de lui tout ce que les départements limitrophes (Ariège, Aude, Pyrénées-Orientales) pourront lui fournir de ressources et particulièrement les forces locales, dont le général Laffitte presse la levée et dirige l'organisation... Je vous invite à donner des ordres analogues au général commandant la 106 division militaire. Cette disposition me paraît d'autant plus nécessaire qu'un corps tant soit peu considérable, venant débarquer sur les derrières de l'armée de Catalogne, le maréchal Suchet se trouverait non seulement hors d'état de couvrir la frontière orientale des Pyrénées, mais encore vous auriez vous-même un nouveau sujet d'inquiétudes pour vos propres opérations. Il me paraît indispensable que, dans l'intérêt même des opérations que Votre Excellence dirige, le maréchal Suchet soit toujours assez fort, sinon pour agir offensivement, du moins pour arrêter et contenir l'ennemi qu'il a en tête... » (A. G.)
Soult à Guerre (Rabastens, 10 mars). «. Je ne disposerai d'aucune des troupes, soit de ligne, soit des gardes nationales, qui se trouvent dans les départements de l'Aude, de l'Ariège et des Pyrénées-Orientales.
Le maréchal Suchet pourra utiliser ces troupes pour couvrir la frontière ; je donne des ordres en conséquence au général Travot.
« L'Empereur ne doit pas douter que je ne sois en personne à la tête des troupes toutes les fois qu'elles battent et je suis persuadé que Sa Majesté rend justice à la fermeté de mon caractère et à la vigueur que je mets d'ans mesi opérations ; mais ma force d'âme serait bientôt affaiblie si je croyais que Sa Majesté pensât que j'ai besoin d'être excité. Il serait à désirer que tous les chefs qui ont l'honneur de commander les troupes de Sa Majesté et que tous les fonctionnaires eussent autant d'énergie que moi et qu'ils cherchassent, comme je le faisi, à utiliser tout ce qui peut concourir à la défense du territoire, à la gloire de nos armées et à l'anéantissement des armées ennemies.
» Après les nombreux combats que j'ai livrés, j'aurais besoin de quelques jours de repos pour. faire rentrer 3.000 à 4.000 traînards, rassembler des souliers pour 2.000 à 3.000 hommes, qui étaient entièrement pieds nus., organiser des subsistances sur ma nouvelle ligne d'opérations ;. l'ennemi m'oppose 10.000 à 12.000 hommes de cavalerie et je ne puis en mettre plus de 2.000 en ligne. Du reste, je compte me mettre en mouvement sous très peu de jours. » (A. G.)



Napoléon, instruit, le 3 mars, des résultats de la bataille d'Orthez, envoyait encore de nouveaux ordres au ministre (de Fismes, 4 mars) pour blâmer le maréchal et pour l'inviter à prendre l'offensive :
Napoléon au Ministre (Fismes, 4 mars). -- « ...Je reçois votre lettre du 3 mars (bataille d'Orthez), où je vois que le duc de Dalmatie s'est laissé forcer ; faites-moi connaître combien de troupes il a sous ses ordres ; je ne conçois rien à de pareils résultats. Réunissez le général Dejean et le duc de Conegliano et rédigez-lui des instructions pour une marche de Hanc qui couvre la Garonne et reporte la guerre par Tarbes sur Pau et le long des Pyrénées. Les Anglais ne s'avanceront pas tant qu'ils pourront être coupés. Je ne conçois pas comment, avec des troupes comme celles-là, le duc de Dalmatie peut être battu. Ecrivez-lui fortement et ferme. C'est déjà une très grande faute que de se laisser attaquer. Ecrivez à ce maréchal qu'il a montré peu de la vigueur qu'on doit exiger de lui dans les circonstances actuelles. »
Guerre à Soult (7 mars). - «. L'Empereur, à qui j'ai adressé la, lettre que vous m'avez écrite le 27 février, vient de me témoigner qu'il ne concevait rien à des résultats, tels que ceux que vous m'avez mandés ; son étonnement est au comble de voir qu'avec d'excellentes troupes, comme celles qui sont sous vos ordres, vous ayez pu avoir le dessous. Sa Majesté a trouvé. que c'était déjà une très grande faute de vous être laissé attaquer. Elle m'ordonne de vous faire connaître qu'elle attendait de vous plus de vigueur et que vous n'avez pas déployé toute celle qu'elle a le droit d'exiger de vous dans les circonstances actuelles ; et, en effet, à la guerre, la vigueur ne consiste pas seulement à attendre l'ennemi de pied ferme, mais bien plutôt à le surprendre et à le prévenir dans toutes ses résolutions.
» L'intention de l'Empereur est que vous donniez de suite une autre direction à vos opérations en faisant une marche de flanc qui couvre la Garonne et reporte la guerre par Tarbes sur Pau, de manière que vous ayez toujours votre gauche appuyée aux Pyrénées. Ce système d'opérations est celui qui a toujours été reconnu comme le seul convenable dans la guerre que vous faites ; et cependant les dernières nouvelles que je reçois de Voire Excellence m'apprennent qu'elle s'en écarte de plus en plus ou du moins que ses idées ne sont pas encore bien fixées à cet égard...



». Je n'ai point reçu la dépêche que Votre Excellence m'annonce m.'avoir écrite le 27 février et qui devait, ce me semble, contenir des détails de quelque importance. »
Le maréchal répondait le 12, de Vic-de-Bigorre : «. J'ai rendu compte à Votre Excellence des préparatifs que je faisais pour me porter en avant, ainsi que des motifs qui m'ont mis dans la nécessité de donner quelques jours de repos à l'armée. Vous êtes aussi instruit depuis plusieurs jours, que, par la nouvelle direction que je prenais, je me rapprochais des montagnes dans l'objet de ramener le théâtre de la guerre vers les Pyrénées et de me trouver sur le flanc des ennemis (1). Par ces dispositions j'ai heureusement prévu les intentions de l'Empereur (lettre du ministre, 7 mars).
». Demain, je réunirai l'armée en avant de Lembeye, d'où je pousserai dans la même marche jusqu'à Conchez et Viella. Mon projet est de gagner la grande route qui conduit de Pau à Aire, pour me porter sur le plateau qui domine cette dernière ville et ensuite manoeuvrer suivant les circonstances. Ces mouvements donneront lieu à des combats, l'armée ennemie étant concentrée sur les deux rives de l'Adour en avant d'Aire et de Barcelonne. »
Wellington, de son côté, s'était résolu à ne pas pousser, pour le moment, les opérations militaires contre Soult. Les difficultés matérielles s'étaient opposées à une poursuite immédiate, alors que l'état de désorganisation des troupes françaises n'eût entraîné cependant que peu de risques à courir; mais il voulait être fixé d'abord sur la situation à Bordeaux, but politique de ses opérations dans le sud. Sa méthode et la prudence ne lui permettaient pas de se diviser entre deux objectifs. Courir sus à l'adversaire, déjà en pleine voie de réorganisation et appuyé sur un pays très propre à la guerre de chicanes, présentait de graves dangers, si l'on n'avait auparavant tâté le terrain à Bordeaux, sondé cette direction, déterminé ce qu'on pouvait en craindre, aussi bien que de celle de la vallée de la Garonne ; car on avait annoncé la formation d'une armée de réserve de 100.000 hommes autour de Bordeaux et l'organisation d'un corps de 6.000 à 8.000 vétérans, sous les ordres du général Beurmann, à Agen ou à Périgueux.
La ville de Bordeaux, en effet, était le foyer d'une conspiration en faveur des Bourbons : le mouvement était appuyé et alimenté par Wellington. On pouvait espérer de grands avantages de cette diversion, plus politique que militaire, et de cette division morale, pour aider à l'action des opérations futures. Au cas même où les 'résultats de cette nature demeureraient médiocres, une reconnaissance en forces sur Bordeaux pouvait seule mettre à même de savoir si on n'avait à redouter aucune action dangereuse venant des vallées de la Garonne et de la Dordogne ou des rassemblements annoncés vers Périgueux, vers Bordeaux et vers Agen. Cette détermination faite, cette assurance une fois acquise, l'armée pourrait se consacrer sans arrière pensée, sans crainte pour ses derrières et pour ses flancs, à sa tâche active contre les forces du maréchal Soult.
Wellington décidait d'employer 12.000 hommes à cette reconnaissance : il gardait le reste de son armée rassemblé, pendant ce temps, autour d'Aire et de Barcelonne, en face de l'armée de Soult encore désemparée, et dont on ne redoutait pas les tentatives d'offensive.
Cependant, on estimait à tort que Suchet venait précisément de lui envoyer 10.000 hommes de renforts, alors que ces détachements avaient été dirigés sur Lyon.
Wellington rappelait à lui toutes ses réserves disponibles d'infanterie, de cavalerie et d'artillerie, toutes les troupes que le blocus de Bayonne lui permettait de .prélever. Il venait d'être rejoint par cinq régiments d'infanterie arrivant du siège de cette ville, par Saint-Palais. Il avait ordonné au général espagnol Freyre de rallier l'armée par Port-de-Lanne avec deux divisions.
Il appelait de Navarrenx sur Aire une des brigades de Morillo ; la cavalerie de Vivian avait, dès le 2 mars, atteint Mont-de-Marsan ; elle était poussée vers l'est, sur Villeneuve, Perquie et Lannomaignan. Elle lançait des pattrouilles et des reconnaissances à Roquefort, Saint-J ustin, Montguilliem, Hontanx, Le Houga et Panjas (observatoire de la lande du Catalan). Les dragons portugais de Campbell étaient aus'si envoyés à Roquefort ; la brigade de cavalerie Fane, avec une brigade d'infanterie, s'était montrée à Pau (1) le 7 et le 8, poussant ses patrouilles dans les directions de Tarbes et de Vic-de-Bigorre. Wellington faisait encore réparer activement les ponts rompus.
Ces dispositions prises, il se hâtait de jeter sur Bordeaux la forte reconnaissance offensive, politique et militaire, qu'il avait décidé d'y envoyer avant que Soult eût avis de ce détachement. Le 10 mars, en ellet, le maréchal écrivait de Rabastens, au ministre : a. Je ne pense pas que les ennemis, après les grandes pertes qu'ils ont éprouvées, s'exposent à envoyer vers Bordeaux et la basse Garonne des divisions de leurs troupes, tant que l'armée conservera son. attitude menaçante. Déjà je suis informé qu'ils ont fait revenir, sur Aire et Barcelonne, deux divisions qui s'étaient portées sur Mont-de-Marsan (2). »



Neuf Mois de Campagnes à la suite du Maréchal Soult - Lt Colonel J-B. DUMAS - Paris - Edit Charles-Lavauzelle
Source: Bnf


lundi 15 février 2016

1814 - Article 1

Le village de Conchez possède un intérêt militaire et défensif depuis ses origines les plus profondes. Aujourd'hui encore, on peut se promener dans et autour de Conchez pour en retrouver les traces marquées dans le paysage. N'étant pas historien, je ne m'avancerai pas à vous prodiguer une leçon d'histoire locale, ce que je suis incapable de réaliser d'ailleurs. Je veux juste montrer que la typicité géographique locale fait des premiers contreforts des Pyrénées un lieu propice à la défense. 200 ans tout juste, c'est le temps qui nous sépare de ces épisodes. Une de mes grand-mères va être centenaire et c'est un excellent repère. Plusieurs articles seront nécessaires! C'est parti !

Profitant du répit que l'armée anglaise lui laissait, Soult se hâtait de réorganiser ses forces : Maransin allait, le 13, reprendre le commandement de sa division ; le maréchal rappelait à lui les détachements d'infanterie et de cavalerie laissés près de Pau, les troupes que Darricau avait réussi à ramener de Dax ou à réunir à Langon ; il faisait constituer des approvisionnements de vivres et de munitions à Tarbes et à Toulouse ; il prescrivait de nouveau d'envoyer dans cette dernière ville ceux qu'on avait réunis à Bordeaux.
Il pressait les commissaires impériaux et les autorités locales d'activer les levées et de faire rentrer les déserteurs et 3.000 traînards, anciens soldats que les généraux commandant les départements avaient retenus aux dépôts au lieu de les renvoyer à l'armée. Malgré le manque complet d'argent, il s'efforçait de grouper des corps de partisans.
Le 7 mars, le maréchal donnait l'ordre de porter, le lendemain, l'armée vers Tarbes (Rabastens, 7 mars ; papiers Reille). « Le quartier général de l'armée se rendra demain à Tarbes. ».
Il était prescrit à la division Harispe de s'établir dans cette ville. Clausel devait réunir les divisions Villatte et Pâris à Vic-de-Bigorre et les disposer de façon à pouvoir soutenir Reille et d'Erlon, qui, en cas de retraite, opéreraient leurs mouvements sur ce point. La cavalerie de Pierre Soult, mise à sa disposition et en réserve près de Vic-de-Bigorre, d'où elle devait éclairer très au loin la route de Pau, par Morlaas, était chargée d'occuper fortement Lembeye avec un poste ayant mission d'éclairer les routes d'Aire, par Conchez et par Garlin, et de se mettre en liaison avec l'avant-garde, formée par la cavalerie de Berton, à Madiran. Celle-ci pousserait ses postes d'observation jusqu'à Conchez, Viella et Castelnau-Rivière-Basse.
D'Erlon avait ordre de rapprocher sa ligne de Maubourguet, de façon à pouvoir joindre successivement les autres divisions sur la route de Vic-de-Bigorre à Tarbes; Il devait échelonner les divisions Fririon et d'Armagnac entre Plaisance et Maubourguet, de façon à recevoir appui des forces de Reille à Maubourguet et, au contraire, à pouvoir les soutenir si ces dernières étaient attaquées par l'ennemi débouchant par Viella et Castelnau : les avant-postes de cavalerie de d'Erlon, avec quelques compagnies de voltigeurs, resteraient en avant de Plaisance pour éclairer les directions de Barcelonne et de Nogaro, par Aignan. En cas de retraite sur Maubourguet, il était prescrit à l'officier supérieur qui les commandait de faire passer un parti par la route de Marciac et de Mielan, pour continuer à y observer l'ennemi et garder le contact dans cette direction. D'Erlon avait ordre de s.'éclairer très au loin à sa droite, avec -sa cavalerie, sur les routes conduisant à Auch, spécialement celle de Nogaro et Vic-Fézensao et celles de Mirande et de Miela.
Reille, couvert par l'avant-garde de Berton, à Madiran, rapprocherait toutes ses troupes de Maubourguet, afin de soutenir Berton et d'Erlon.
Le parc d'artillerie de l'armée était dirigé de Mielan sur Trie, pour s'y établir, avec mission de reconnaître les routes conduisant de ce point à Tarbes, à Tournay, à Pinas, près de Lannemezan, par Gai an, et à Boulognesur-Gesse, par Castelnau-Magnoac.
« ... Ainsi, l'armée se trouvant échelonnée et éclairée -à grande distance par la cavalerie, toutes les divisions peuvent se soutenir réciproquement,, et, en cas d'attaque, opérer leur mouvement sur Tarbes, où l'armée se réunirait et recevrait de nouveaux ordres. Les lieutenants-généraux se communiqueront entre eux tous les .avis qu'ils recevront des mouvements de l'ennemi en même temps qu'ils en rendront compte au général en -chef, afin qu'ils soient toujours instruits de ce qui se passe sur la ligne et puissent faire, assez à temps, leurs -dispositions pour remplir cette instruction., et que partout où l'ennemi présentera des têtes de colonne, .elles soient contenues en défendant le terrain pied à pied. Ils sont d'ailleurs confidentiellement prévenus que la ligne d'opérations de l'armée est de Tarbes sur Toulouse, par Saint-Gaudens, malgré qu'on utilisera, autant qu'il sera possible, sans rien compromettre, celle qui passe par Auch...
« Les lieutenants-généraux donneront à l'avenir l'ordre aux maires des communes qui sont le plus près des points occupés par les ennemis d'envoyer journellement des personnes de confiance pour observer leurs mouvements sur toutes les directions, et leur en rendre compte aussitôt ; les rendant responsables des moindres retards ou négligences qu'il mettraient dans ce service important, et les prévenant qu'en cas d'omission, ils seront ultérieurement poursuivis. »
Soult à Reille (Rabastens, 8 mars, 6 heures du matin, papiers Reille). – « ...D'après l'avis que vous m'avez donné, à minuit, sur la marche d'une colonne ennemie par Garlin sur Pau, je donne ordre à M. le comte d'Erlon de prendre aujourd'hui position avec ses deux divisions à Auriébat et Sauveterre, où il sera à cheval sur la grande route qui conduit de Maubourguet à Marciac, et pourra manoeuvrer dans la direction de Rabastens et de Villecomtal, dans le cas où un nouveau mouvement rétrograde devrait avoir lieu ; il laissera un régiment de cavalerie à l'extrémité de la chaîne sur laquelle se trouve Ladevèze, pour éclairer la vallée, qui est entre Plaisance et Castelnau-de-Rivière-Basse.
« Ainsi, M. le comte d'Erlon se trouvera à une très petite distance en deuxième ligne de Maubourguet, à portée de vous soutenir au besoin ; faites-lui part, en effet, de tout ce qui surviendra de vos côtés.
« Je vous préviens que, si, en cas d'attaque, vous ne pouviez opérer le mouvement sur Vic-de-Bigorre, M. le comte d'Erlon, marchant à votre hauteur par la chaîne de montagnes qui se trouverait à votre gauche (étant en retraite), serait toujours en mesure de vous soutenir. Dans ce cas, vous préviendriez aussitôt M. le lieutenant-général Clausel de votre mouvement. Dans le jour, nous recevrons sans doute des renseignements plus positifs sur la marche des ennemis. Je resterai aujourd'hui à Rabastens. »



Soult à Guerre (Rabastens, 8 mars). - « J'ai envoyé un parti sur Pau pour faire en sorte d'enlever quelques détachements ennemis, qui y étaient entrés, ainsi que le traître Malluguer. Ce parti était commandé par le colonel Seganville, du 2e régiment de hussards. A une lieue de Pau, il a appris que, dans la soirée, il y était arrivé une brigade de cavalerie (Fane) et une brigade d'infanterie de la division Stewart et que le restant du corps de Hill y était attendu. D'après ces renseignements, le colonel Seganville s'est rejeté sur la route qui conduit de Pau à Vic-de-Bigorre pour enlever les postes ennemis qui y étaient établis, mais il n'a pu prendre qu'un capitaine et cinq dragons anglais : on a aussi tué huit dragons anglais. Le chef d'escadrons Boitieux, du 10e régiment de chasseurs, avait été envoyé, en parti, avec 100 chevaux, sur Conchez et vers Garlin : il a trouvé une autre brigade de cavalerie établie dans ce dernier endroit, à Sarron et à Castetpugon; il a passé entre ces troupes et a été au Tourniquet, où il a enlevé un poste de correspondance. Les renseignements, qu'il .s'est procurés, confirment le mouvement de la division Stewart sur Pau. Il a aussi appris qu'une division espagnole était à Geaune et que le gros de l'armée ennemie se trouvait concentré entre Aire et Barcelonne.
« Les renseignements qui m'ont été envoyés hier, de Nogaro, portent que l'ennemi s'est étendu par sa cavalerie jusqu'à Gabarret ; mais je n'ai pas appris qu'il ait fait encore des détachements sur Bordeaux, quoique l'on dise depuis longtemps qu'il s'y prépare... Aussitôt que je serai instruit du mouvement, je marcherai aux ennemis.
« J'ai donné des ordres au général Despeaux, commandant la 20e division militaire, de se rendre à Agen, à l'effet de prendre toutes les mesures nécessaires pour faire garder avec soin le cours de la Garonne, en employant à de service ce qu'il y a, de disponible dans les dépôts et la, garde nationale. Je lui ai aussi prescrit de faire garder à la rive droite tous les bateaux qu'il a sur la Garonne. J'ai donné ordre au général Travot de se rendre à Auch pour faire observer les diverses routes, venant du département des Landes, qui aboutissent à cette ville et empêcher que les partis ennemis se répandent dans le pays. Il emploiera à ce service les corps de garde nationale et un fort détachement d'infanterie qu'il a pris à Toulouse. S'il était forcé, il se replierait successivement sur Toulouse pour défendre la tête de pont dont j'ai ordonné la construction.
» Il paraît qu'il y a déjà un certain nombre de conscrits réunis dans les grands dépôts qui sont établis dans les 10e, 20e et 11e divisions militaires, mais fort peu sont armés. J'ai fait diriger, dans le temps, sur Toulouse et sur Bordeaux, tous les fusils qu'il était possible de sortir de Bayonne ; une grande partie sont arrivés à leur destination ; mais il est à craindre que les dernières expéditions n'aient été prises par l'ennemi. D'après cela, on en manquera infailliblement pour compléter l'armement des conscrits que les dépôts recevront. Je prie Votre Excellence de donner des ordres pour qu'il y soit pourvu... Il sera nécessaire d'envoyer un général de division pour inspecter ces grands dépôts, en prendre même le commandement supérieur, afin de donner l'impulsion à l'armement, à l'instruction, à l'habillement., en attendant qu'ils soient en état d'être appelés à l'armée. »

Neuf Mois de Campagnes à la suite du Maréchal Soult - Lt Colonel J-B. DUMAS - Paris - Edit Charles-Lavauzelle
Source: Bnf